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Tome huitième.
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422 CORRESPONDANCE.

mais on sait qu’un imposteur peut m’embarrasser ; c’est quelque

chose.

Vos maximes, mon très cher hôte, sont très stoïques et trèsbelles, quoique un peu outrées, comme sont celles de Sénèque,et généralement celles de tous ceux qui philosophent tranquille-ment dans leur cabinet sur les malheurs dont ils sont loin, et surl’opinion des hommes qui les honorent. J’ai appris assurément àn’estimer l’opinion d’autrui que ce qu’elle vaut, et je crois savoirdu moins aussi bien que vous de combien de choses la paix del’ame dédommage; mais que seule elle tienne lieu de tout etrende seule heureux les infortunés, voilà ce que j'avoue ne pou-voir admettre, ne pouvant, tant que je suis homme, compter to-talement pour rien la voix de la nature pâtissante et le cri del’innocence avilie. Toutefois, comme il nous importe toujours, etsurtout dans l’adversité, de tendre à cette impassabilité sublimeà laquelle vous dites être parvenu, je tâcherai de profiter de vossentences, et d’y faire la réponse que fit l’architecte athénien àla harangue de l’autre : Ce qu’il a dit, je leferai.

Certaines découvertes, amplifiées peut-être par mon imagina-tion, m’ont jeté durant plusieurs jours dans une agitation fié-vreuse qui m’a fait beaucoup de mal, et qui, tant qu’elle a duré,m’a empêché de vous écrire. Tout est calmé; je suis content demoi, et j’espère ne plus cesser de l’être, puisqu’il ne peut plus rienm’arriver de la part des hommes à quoi je n’aie appris à m’at-tendre, et à quoi je ne sois préparé. Bonjour, mon cher hôte ; jevous embrasse de tout mon cœur.

A M. LALIAÜD.

Pourgoin, le 28 novembre 1768.

Je ne puis pas mieux vous détromper, monsieur, sur la réservedont vous me soupçonnez envers vous qu’en suivant en tout vosidées, et vous en confiant l’exécution ; et c’est ce que je fais, jevous jure, avec une confiance dont mon cœur est content, et dontle vôtre doit l’être. Voici une lettre pour M. le prince de Conti,où je parle comme vous le desirez et comme je pense. Je n’ai jamaisni désiré ni cru que ma lettre à M. l’ambassadeur d’Angleterredût ni pût être un secret pour son altesse, ni pour les gens enplace, mais seulement pour le public ; et je vous préviens unefois pour toutes que, quelque secret que je puisse vous demander