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Tome huitième.
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ANNEE 1708.

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À _\1. MOULTOU.

Bourgoin, le 30 décembre 1768.

J’attendois, cher Moultou, pour répondre à votre dernièrelettre, d’avoir reçu les ordres que M. le prince de Conti m’a voitfait annoncer ensuite de l’approbation qu’il a donnée au projet dema retraite à Lavagnae ; mais ces ordres ne sont point encore ve-nus , et je crains qu’ils ne viennent pas si tôt, car son altesse m’afait prévenir qu’il falloit, avant de m’écrire, qu’elle prit pour ceprojet des arrangements semblables à ceux qu’elle a cru à proposde prendre pour mon voyage en Dauphiné : ces arrangements dé-pendent de l’accord de personnes qui ne se rencontrent pas sou-vent ; et quelle que soit la générosité de cœur de ce grand prince,de quelque extrême bonté qu’il m’honore , vous sentez qu’il n’estpas ni ne saurait être occupé de moi seul ; et la chose du mondequi fait le mieux son éloge est qu’il ne soit pas encore ennuyé detous les soins que je lui ai coûtés. J’attends donc sans impatience;mais en attendant, ma situation devient, à tous égards, plus cri-tique de jour en jour ; et l’air marécageux et l’eau de Bourgoinm’ont fait contracter depuis quelque temps une maladie singu-lière dont, de manière ou d’autre, il fout tâcher de me délivrer :c’est un gonflement d’estomac très considérable et sensible mêmeau-deliors , qui m'oppresse, m’étouffe, et me gêne au point dene pouvoir plus me baisser; et il faut que ma pauvre femme ait lapeine de me mettre mes souliers, etc. Je croyois d’abord d’en-graisser, mais la graisse n’étouffe pas ; je n’engraisse que de l’es-tomac, et le reste est tout aussi maigre qu’à l’ordinaire. Cetteincommodité, qui croît à vue d’œil, me détermine à tâcher desortir de ce mauvais pays le plus tôt qu’il me sera possible , enattendant que le prince ait jugé à propos de disposer de moi. TIy a dans ce pays, à demi-lieue de la ville, une maison à mi-côte,agréable, bien située, où l’eau et l’air sont très bons, et où lepropriétaire veut bien me céder un petit logement que j’ai desseind’occuper. La maison est seule, loin de tout village, et inhabitéedans cette saison. J’y serai seul avec ma femme et une servantequ’on y tient : voilà une belle occasion, pour ceux qui disposentde moi. de se délivrer du soin de ma garde, et de me délivrer,moi, des misères de cette vie. Cette idée ne me détourne ni ne medétermine : je compte aller là dans quelques jours, à la merci deshommes et à la garde de la Providence. En attendant que je sache