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Tome huitième.
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ANNÉE 1769. 439

meut dans la dernière, que le torrent de la mode vous gagne, etque vous commencez à vaciller dans des sentiments où je vouscrovois inébranlable. Ah! cher ami, comment avez-vous fait?Vous en qui j’ai toujours cru voir un cœur si sain, une ame siforte, cessez-vous donc d’être content de vous-même? et le té-moin secret de vos sentiments commenceroit-il à vous devenirimportun ? Je sais que la foi n’est pas indispensable, que l’incré-dulité sincère n’est point un crime, et qu’on sera jugé sur ce qu’onaura fait et non sur ce qu’on aura cru. Mais prenez garde, je vousconjure, d’être bien de bonne foi avec vous-même , car il est trèsdifférent de n’avoir pas cru ou de n’avoir pas voulu croire ; et jepuis concevoir comment celui qui n’a jamais cru ne croira jamais,mais non comment celui qui a cru peut cesser de croire. Encoreun coup, ce que je vous demande n’est pas tant la foi que la bonnefoi. Voulez-vous rejeter l’intelligence universelle? les causes fina-les vous crèvent les yeux. Voulez-vous étouffer l’instinct moral ;la voix interne s’élève dans votre cœur, y foudroie les petits ar-guments à la mode, et vous crie qu’il n’est pas vrai que l’honnêtehomme et le scélérat, le vice et la vertu, ne soient rien ; car vousêtes trop bon raisonneur pour ne pas voir à l'instant qu’en reje-tant la cause première et le mouvement, on ôte toute moralité dela vie humaine. Eh ! quoi, mon Dieu , le juste infortuné en proieà tous les maux de cette vie, sans en excepter même l’opprobreet le déshonneur, n’auroit nul dédommagement à attendre aprèselle, et mourrait en bête après avoir vécu en Dieu? Non, non,Moultou; Jésus, que ce siècle a méconnu pareequ’il est indignede le connoitre ; Jésus, qui mourut pour avoir voulu faire un peu-ple illustre et vertueux de ses vils compatriotes, le sublime Jésusne mourut point tout entier sur la croix ; et moi qui ne suis qu’unchétif homme plein de foihlesses, mais qui me sens un cœur dontun sentiment coupable n’approcha jamais, c’en est assez pourqu’en sentant approcher la dissolution de mon corps, je sente enmême temps la certitude de vivre. La nature entière m’en est ga-rante. Elle n’est pas contradictoire avec elle-même; j’y vois ré-gner un ordre physique admirable, et qui ne se dément jamais.L’ordre moral y doit correspondre. 11 fut pourtant renversé pourmoi durant ma vie; il va donc commencer à ma mort. Pardon,mon ami, je sens que je rabâche ; mais mon cœur, plein pourmoi d’espoir et de confiance, et pour vous d’intérêt et d’attache-ment, ne pouvoit se refuser à ce court épanchement.