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Tome huitième.
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CORRESPONDANCE.

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qui se passe par rapport à moi : vous avez eu la discrétion de nem’en jamais rien dire. Je vous conjure de continuer. Je ne merefuse pas aux soins que votre amitié, votre équité, peuvent vousinspirer pour la vérité, pour moi, dans l’occasion, parceque,aprèsles sentiments que vous professez envers moi, ceseroit vous man-quer à vous-même. Mais dans l’état où sont les choses, et dans letrain que je leur vois prendre, je ne veux plus m’occuper de rienqui me rappelle hors de moi, de rien qui puisse ôter à mou espritla même tranquillité dont jouit ma conscience.

Je vous écris, sans y penser, de longues lettres qui font grandbien à mon cœur, et grand mal à mon estomac. Je remets à uneautre fois le détail de mon habitation. Madame Renou vous re-mercie et vous salue ; et moi, mon cher monsieur, je vous em-brasse de tout mon cœur.

a si. MOULTOU.

Monqaiii. le 14 février 1769.

Je suis délogé, cher Moultou; j’ai quitté l’air marécageux deBourgoin pour venir occuper sur la hauteur une maison vide etsolitaire que la dame à qui elle appartient m’a offerte depuislong-temps, et où j’ai été reçu avec une hospitalité très noble,mais trop bien pour me faire oublier que je ne suis pas chez moi.Ayant pris ce parti, l’état où je suis ne me laisse plus penser àune autre habitation ; l’honnêteté même ne me permettroit pas dequitter si promptement celle-ci, après avoir consenti qu’on l'arran-geât pour moi. Ma situation, la nécessité, mon goût, tout meporte à borner mes désirs et mes soins à finir dans cette solitudedes jours dont, grâce au ciel, et quoi que vous en puissiez dire,je ne crois pas le terme bien éloigné. Accablé des maux de la vieet de l’injustice des hommes, j’approche avec joie d’un séjour oùtout cela ne pénètre point ; et en attendant je ne veux plus m’oc-cuper, si je puis, qu’à me rapprocher de moi-même, et à goûterici entre la compagne de mes infortunes, et mon cœur, et Dieuqui le voit, quelques heures de douceur et de paix, en attendant ladernière. Ainsi, mon bon ami, parlez-moi de votre amitié pourmoi, elle me sera toujours chère ; mais ne me pariez plus de pro-jets. Il n’en est plus pour moi d’autre en ce monde que celui d’ensortir avec la même innocence que j’y ai vécu.

J’ai vu, mon ami, dans quelques unes de vos lettres, uotam-