442 CORRESPONDANCE,
peut-être ou que vous devriez avoir, vient de m’envoyer des plan-tes qui m’ont remis sur mon herbier et sur mes bouquins. Je suismaintenant trop riche pour ne pas sentir la privation de ce qui memanque. Si parmi celles que vous promet le Parolier, pouvoientse trouver la grande gentiane pourprée, le thora valdensium,l’epimedium et quelques autres, le tout bien conservé et en fleurs,je vous avoue que ce cadeau me feroit le plus grand plaisir, carje sens que, malgré tout, la botanique me domine. J’herboriserai,mon cher hôte, jusqu’à la mort et au-delà ; car s’il y a des fleursaux champs Élysées, j'en formerai des couronnes pour les hom-mes vrais, francs, droits, et tels qu’assurément j’avois mérité d’entrouver sur la terre. Bonjour, mon très cher hôte ; mon estomacm’avertit de fiuir avant que la morale me gagne ; car cela memènerait loin. Mon cœur vous suit au pied du lit de la bonnemaman. J’embrasse le bon M. Jeannin.
A 31. LALIAUD.
Moiiquin, le 17 mars 1769.
J’ai reçu, monsieur, avec votre dernière lettre, votre seconderescription, dont je vous remercie, et dont je n’ai pas encore faitusage, faute d’occasion.
Je me trouve beaucoup mieux depuis que je suis ici; je respireet j’agis beaucoup plus librement, quoique l’estomac ne soit pasdésenflé : outre l’effet de l’air et de l’eau marécageuse, je croisdevoir attribuer en grande partie mon incommodité au vin ducabaret, dont j’ai apporté avec moi une vingtaine de bouteilles, etdont j’ai senti le mauvais effet toutes les fois que j’en ai bu. Tousles cabaretiers falsifient et frelatent ici leurs vins avec de l’alun ;et rien n’est plus pernicieux, surtout pour moi.
J’ai appris par M. Du Peyrou que le discours en question a voitété absolument défiguré et mutilé à l’impression, et que non seu-lement on n’avoit pas suivi les corrections que j’y ai faites, maisqu’on avoit même retranché des morceaux de la première com-position. Gela me console eu quelque sorte de ce larcin, où per-sonne de bon sens ne peut reconnoitre mon ouvrage.
Permettez que je vous prie de donner cours à la lettre ci-jointe.
J’oubliois de vous répondre au sujet des livres dont vous of-frez de me défaire. S’ils sont tolérés, j’y consens; s’ils sont dé-