ANNÉE 17 69. 441
ment spéculatifs : et, cela posé, je pense qu'il se pourvoit bien quecelui qui n’a pas voulu croire fût puni pour n’avoir pas cru.
Cependant je crois que Dieu s’est suffisamment révélé auxhommes et par ses œuvres et dans leurs cœurs; et s’il y en a quine le commissent pas, c’est, selon moi, parcequ’ils ne veulentpas le connoîtrc, ou parcequ’ils n’en ont pas besoin.
Dans ce dernier cas est l’homme sauvage et sans culture quin’a fait encore aucun usage de sa raison ; qui, gouverné seulementpar ses appétits, n’a pas besoin d’autre guide, et qui, ne suivantque l’instinct de la nature, marche par des mouvements toujoursdroits. Cet homme ne connoît pas Dieu, mais il ne l’offense pas.Dans l’autre cas, au contraire, est le philosophe qui, à force devouloir exalter son intelligence, de raffiner, de subtiliser surce qu’on pensa jusqu’à lui, ébranle enfin tous les axiomes dela raison simple et primitive, et, pour vouloir toujours savoirplus et mieux que les autres, parvient à ne rien savoir du tout.L’homme à la fois raisonnable et modeste, dont l’entende-ment exercé, mais borné, sent ses limites et s’y renferme,trouve dans ces limites la notion de son ame et celle de l’au-teur de son être, sans pouvoir passer au-delà pour rendre ces no-tions claires, et contempler d’aussi près l’une et l’autre que s’ilétoit lui-mème un pur esprit. Alors, saisi de respect, il s’arrête,et ne touche point au voile, content de savoir que l’être immenseest dessous. Voilà jusqu’où la philosophie est utile à la pratique ;le reste n’est plus qu’une spéculation oiseuse pour laquelle l’hommen’a point été fait, dont le raisonneur modéré s’abstient, et danslaquelle n’entre point l’homme vulgaire. Cet homme qui n’est niune brute ni un prodige est l’homme proprement dit, moyen en-tre les deux extrêmes , et qui composent les dix-neuf vingtièmesdu genre humain ; c’est à cette classe nombreuse de chanter lepsaume Catli enarrant, et c’est elle en effet qui le chante. Tousles peuples de la terre connoissent et adorent Dieu ; et, quoiquechacun l’habille à sa mode , sous tous ces vêtements divers ontrouve pourtant toujours Dieu. Le petit nombre d’élite qui a deplus hautes prétentions de doctrine, et dont le génie ne se bornepas au sens commun, en veut un plus transcendant, ce n’est pasde quoi je le blâme ; mais qu’il parte de là pour se mettre à laplace du genre humain, et dire que Dieu s’est caché aux hommespareeque lui, petit nombre, ne le voit plus, je trouve en cela qu’il atort. Il peut arriver, j’en conviens, que le torrent delà mode et le