ANNÉE 1769. 401
croyez-moi, notre éloignement ; mais quand vous pourriez mevenir voir ici, je n’y consentirais pas ; plus vous m’aimez, plusvous seriez affligée. Nous étions amis sans nous être jamais vus,nous le serons, et, s’il le faut, sans nous revoir. J’étois négligentà écrire ; à présent que vous m’imitez un peu, je ne serai pas plusexact ; mais dussé-je ne vous plus voir et ne vous plus écrire, lebesoin de vous aimer et la douceur de le satisfaire feront partiede mon être aussi long-temps qu’il sera ce qu’il est.
A LA MÊME.
A Monquin, le 4 juillet 1769.
Rassurez-vous, belle Marianne, j’ai regret aux inquiétudes queje vous ai données. J’ai voulu mettre à l’épreuve votre sensibilité ;le succès a passé mon attente ; je vous promets de ne plus faireavec vous de pareils essais. Adieu, belle Marianne ; puissiez-vousne voir jamais autour de vous que bonheur et prospérité ! Quandon s’affecte ainsi des peines de ses amis, on n’en doit avoir qued’heureux.
A M. DU PEYROU.
A Nevers, le 21 juillet 1769.
Je n’aurois pas tardé si long-temps, mon cher hôte, à vous re-mercier du livre de M. Haller, et à vous en accuser la réception,sans mon départ un peu précipité pour venir rendre mes devoirsà mon ancien hôte de Trye, tandis qu’il se trouvoit rapproché demoi. Après huit jours de séjour en cette ville, je compte en repar-tir demain pour Lyon, et de là pour Monquin, où j’ai laissé ma-dame Renou, et où j’espère trouver de vos nouvelles, n’en ayantpas eu depuis votre mariage, au bonheur duquel vous ne doutezpas, je m’en flatte, de l’intérêt vif et vrai que prend votre conci-toyen. Je ne doute pas que l’habitation de la campagne ne tireen ce moment un nouveau charme de celle avec qui vous la par-tagez, et que vous n’y repreniez même le goût de l’herborisation,ne fût-ce que pour lui offrir des guirlandes mieux assorties. J’au-rois bien voulu pouvoir y joindre de très jolies fleurs que j’aitrouvées sur ma route ; ce beau pays, peu connu des botanistes,est abondant en belles plantes, dont j’aurois enrichi mon herbiersi j’avois eu l’esprit de porter avec moi un porte-feuille. Je nepuis vous parler encore du catalogue de M. Gagnebin, à qui