462 CORRESPONDANCE.
j’en fais, ainsi qu’à vous, bien des remercîments, non plus quedu Haller, n’ayant fait que parcourir bien rapidement l’un et l’au-tre. J’ai déjà dans mon herbier une grande partie des plantes quecontient le premier ; et quant à l’autre, je le trouve imprimé avecune extrême négligence et plein de fautes impardonnables, j’en-tends fautes d’impression. Il ne laissera pas pour cela de m’êtretoujours précieux par lui-même et par la main dont il me vient.Adieu, mon cher hôte; mes hommages, je vous supplie, à votrechère épouse, et mes amitiés à M. Jeannin. Je vous embrasse detout mon cœur.
AU MÊME.
Monquin, le !2aoùt 1769.
De retour ici, mon cher hôte, de Nevers, d’où je vous ai écritune lettre qui, j’espère, vous sera parvenue, j’y ai trouvé la vôtredu 9 juillet, où je vois et sens en la lisant les douloureuses inci-sions que vous avez souffertes, et qui ont abouti à vous tirer dutuf du bout des doigts. Voilà, je l’avoue, une manière d’escamo-ter dont je n’avois pas l’idée. Comment peut-on avoir du tuf dansle bout des doigts? Cela me passe, et j'aimerois autant, pour lavraisemblance, l’histoire de cet homme qui vomissoit des canifset des écritoires. Mais enfin, là où le vrai parle, la vraisemblancedoit se taire; et puisqu’il faut convenir qu’il peut y avoir du tuflà où il s’en trouve, je suis toujours fort aise que vous soyez dé-livré de celui-là, et que vos douleurs de goutte en soient sou-lagées.
Vous voulez que je vous parle à mon tour de ma santé; j’aipeu de chose à vous en dire. Mon voyage m’a extrêmement fati-gué par la chaleur, la poussière, et la voiture ; mais, chemin fai-sant, j’ai vu des plantes nouvelles qui m’ont amusé, et aprèsquelques jours de repos me voilà prêt à repartir demain pour al-ler herboriser sur le mont Pila avec M. le gouverneur de Bour-goin, et quelques autres messieurs à qui je tâche de persuaderqu’ils aiment la botanique, et qui en effet y ont fait quelques pro-grès. Notre pèlerinage doit être de sept ou huit jours, et toujourspédestre, comme celui que nous fîmes ensemble à Bienne. Lapremière journée d’ici à Vienne est très forte pour moi, qui d’ail-leurs ne me sens pas extrêmement bien; et il faut que je comptebeaucoup sur le bien que me font ordinairement les voyages pétdestres, pour ne pas renoncer à celui-là. Mais après avoir mis la