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Tome huitième.
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466 COBKESPOHDANCE.

sez pendant mon absence au sujet de cette lettre. Pensez à ce quevous vous devez, à ce que vous me devez, à ce que nous sommesdepuis long-temps l’un à l’autre, et à ce que nous devons être jus-qu’à la fin de nos jours, dont la plus grande et la plus belle partieest passée, et dont il ne nous reste que ce qu’il faut pour cou-ronner une vie infortunée, mais innocente, honnête et vertueuse,par une fin qui l’honore et nous assure un bonheur durable. Nousavons des fautes à pleurer et à expier; mais, grâces au ciel, nousn’avons à nous reprocher ni noirceurs ni crimes : n’effaçons paspar l’imprudence de nos derniers jours la douceur et la pureté deceux que nous avons passés ensemble.

Je ne vais pas faire un voyage bien long ni bien périlleux ; ce-pendant la nature dispose de nous au moment que nous y pen-sons le moins. Vous connoissez trop mes vrais sentiments pourcraindre qu’à quelque degré que mes malheurs puissent aller,je sois homme à disposer jamais de ma vie avant le temps que lanature ou les hommes auront marqué. Si quelque accident doitterminer ma carrière, soyez bien sûre, quoi qu’on puisse dire,que ma volonté n’y aura pas eu la moindre part. J’espère me re-trouver en bonne santé dans vos bras, d’ici à quinze jours auplus tard ; mais s’il en étoit autrement, et que nous n’eussions pasle bonheur de nous revoir, souvenez-vous en pareil cas de l’hommedont vous êtes la veuve, et d’honorer sa mémoire en vous hono-rant. Tirez-vous d’ici le plus tôt que vous pourrez. Qu’aucunmoine ne se mêle de vous ni de vos affaires en quelque façon quece soit. Je ne vous dis point ceci par jalousie, et je suis bien con-vaincu qu’ils n’en veulent point à votre personne; mais n’importe,profitez de cet avis, ou soyez sûre de n’attirer que déshonneuret calamité sur le reste de votre vie. Adressez-vous à M. de Saint-Germain pour sortir d’ici ; tâchez d’endurer l’air méprisaut de safemme, par la certitude que vous ne l’avez pas mérité. Cherchezà Paris, à Orléans ou à Blois, une communauté qui vous con-vienne, et tâchez d’y vivre plutôt que seule dans une chambre. Necomptez sur aucun ami ; vons n’en avez point ni moi non plus,soyez-en sûre ; mais comptez sur les honnêtes gens, et soyez sûreque la bonté de cœur et l’équité d’un honnête homme vaut centfois mieux que l’amitié d'un coquin. C’est à ce titre d’honnêtehomme que vous pouvez donner votre confiance au seul hommede lettres que vous savez que je tiens pour tel (*). Ce n’est pas un

(’) Duclos, mort en 1772.