COBBESPONDANCE.
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drois part à ce bonheur en vous voyant jouir, mais je doute quele ciel me destine à ce partage. J’ai trouvé madame Renou en assezbonne santé : elle vous remercie de votre souvenir, et vous saluede tout son cœur. J’en fais de même, étaut forcé d’être bref àcause du soin que demandent quelques plantes que j’ai rappor-tées, et quelques graines que je destinois à madame de Portland,le tout étant arrivé ici à demi pourri par la pluie. Je voudrois dumoins en sauver quelque chose, pour n’avoir pas perdu tout-à-faitmon voyage, et la peine que j’ai prise à les recueillir. Adieu, moncherM. Laliaud; conservez-vous, et vivez content.
A M. MOULTOU.
Monquin, le 8 septembre 1769.
Sans une foulure à la main, cher Moultou, qui me fait souf-frir depuis plusieurs jours, je me livrerois à mon aise au plai-sir de causer avec vous ; mais je ne désespère pas d’en trouver uneoccasion plus commode : en attendant, recevez mon remercî-ment de votre bon souvenir, et de celui de madame Moultou, dont,je me consolerai difficilement d’avoir été si près sans la voir. Jeveux croire qu’elle a quelque part au plaisir que vous m’avez faitde m’amener votre fils, et cela m’a rendu plus touchante la vue decet aimable enfant. Je suis fort aise qu’il soit un peu jaloux, dansce qu’il fait, de mon approbation : il lui est toujours aisé de s’enassurer par la vôtre ; car sur ce point, comme sur beaucoup d’au-tres, nous ne saurions penser différemment vous et moi.
Je ne suis point surpris de ce que vous me marquez des disposi-tions secrètes des gens qui vous entourent : il y a long-temps qu’ilsontchangé le patriotisme en égoïsme, et l’amour prétendu du bienpublic n’est plus dans leurs cœurs que la haine des partis. Garan-tissez le vôtre, ô cher Moultou, de ce sentiment pénible qui donnetoujours plus de tourment que de jouissance , et qui, lors même,qu’il l’assouvit, venge dans le cœur de celui qui l’éprouve le malqu’il fait à son ennemi. Paradis aux bienfaisants! disoit sans cessele bon abbé de Saint-Pierre; voilà un paradis que les méchants nepeuvent ôter à personne, et qu’ils se donneroient s’ils en connois-soient le prix.
Adieu, cher Moultou; je vous embrasse.