ANNÉE 17G9.
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A M. DU PEVBOU.
Moi)([uin, le 16 septembre 1769.
Je n’aurois pas attendu, mon cher hôte, votre lettre du 5 sep-tembre pour répondre à celle du 6 août, si à mon retour du montPila je ne me fusse foulé la main droite par une chute qui m’en apendant quelque temps gêné l’usage. Je suis bien charmé de n’ap-prendre votre accès de goutte qu’à votre convalescence ; c’est unegrande consolation, quand on souffre, d’attendre ensuite de longsintervalles, durant lesquels on ne souffrira plus ; et je ne suis passurpris que les tendres soins de votre aimable Henriette fassentune assez grande diversion à vos souffrances pour vous les lais-ser beaucoup moins sentir. Vous devez vous trouver trop heureuxde gagner à son service des accès de goutte dans lesquels vousêtes servi par ses mains. Vous êtes assurément bien faits, l’unpour donner, l’autre pour sentir tout le prix des soins du plus purzèle et de la plus tendre amitié ; mais cependant, aux charmesprès qu’elle seule y peut ajouter, des soins de cette espèce ne doi-vent pas être absolument nouveaux pour vous. Je suis plus queflatté, je suis touché qu’elle se souvienne avec plaisir de notre an-cienne connoissance. J’aurois été trop heureux de pouvoir la cul-tiver ; mais les attachements fondés sur l’estime, tels que celuique j’ai conçu pour elle, n’ont pas besoin de l’habitude de se voirpour s’entretenir et se renforcer. Fut-elle beaucoup moins aimable,les respectables devoirs qu’elle remplit si bien près de vous larendent trop estimable à tout le monde pour ne la pas rendre chèreaux honnêtes gens , et surtout à vos amis. A l’égard des échecs,malgré tout ce que vous me dites de son habileté, vous me per-mettrez de douter que ce soit le jeu auquel elle joue le mieux; etsi jamais j’ai le plaisir de faire une partie avec elle, je lui dirai,et de bien bon cœur, ce que je disois jadis à un grand prince (*) :« Je vous honore trop pour ne pas gagner toujours. »
Vous aviez grande raison, mon cher hôte, d’attendre la relationde mon herborisation de Pila, car parmi les plaisirs de la faire jecomptois pour beaucoup celui de vous la décrire ; mais les pre-miers ayant manqué me laissent peu de quoi fournir à l’autre.Je partis à pied avec trois messieurs, dont un médecin, qui fai-soient semblant d’aimer la botanique, et qui, désirant me cajoler,(0 Le prince de Conti.
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