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Tome huitième.
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472 CORRESPONDANCE,

plus plein de choses et le plus digne d’ètre retenu, est celui quej’ai totalement oublié. Ce sujet, qui ne me rappelle que des idéestristes, et que l'instinct éloigne de ma mémoire, a fait tort à l’es-prit avec lequel vous l’avez traité : je me suis souvenu seulementque vous étiez très aimable, même en traitant un sujet que je n’ai-mois plus.

Vous me parliez de botanique et d’herborisations. C’est un ob-jet sur lequel il me reste un peu plus de mémoire ; encore ai-jegrand’peur que bientôt elle ne s’en aille de même avec le goût dela chose, et qu’on ne parvienne à me rendre désagréable jusqu’àcet innocent amusement. Quelque ignorant que je sois en bota-nique, je ne le suis pas au point d’aller, comme on vous l’a dit,chercher en Europe une plante qui empoisonne par son odeur ;et je pense , au contraire , qu’il y a beaucoup à rabattre des qua-lités prodigieuses , tant en bien qu’en mal, que l’ignorance, lacbarlatanerie , la crédulité, et quelquefois la méchanceté, prêtent,aux plantes, et qui, bien examinées, se réduisent pour l'ordinaireà très peu de chose,souvent tout-à-fait à rien. Jallois à Pila faireavec trois messieurs, qui faisoieut semblant d'aimer la botanique,une herborisation dont le principal objet étoit un commencementd’herbier pour l’un des trois, à qui j’avois tâché d’inspirer le goûtde cette douce et aimable étude. Tout en marchant, M. le méde-cin M*** m’appela pour me montrer, disoit-il, une très belle an-colie. Comment, monsieur, une aneoiie! lui dis-je en voyant saplante ; c’est le napel. Là-dessus je leur racontai les fables que lepeuple débite en Suisse sur le napel ; et j'avoue qu’en avançant etnous trouvant comme ensevelis dans une forêt de napcls, je crusun moment sentir un peu de mal de tète, dont je reconnus la chi-mère et ris avec ces messieurs presque au même instant.

Mais au lieu d’une plante à laquelle je n’avois pas songé, j’aivraiment et vainement cherché à Pila une fontaine glaçante, quituoit, à ce qu’on nous dit, quiconque en buvoit. Je déclarai quej’en voulois faire l’essai sur moi-même, non pas pour me tuer, jevous jure, mais pour désabuser ces pauvres gens sur la foi de ceuxqui se plaisent à calomnier la nature, craignant jusqu’au lait deleur mère, et ne voyant partout que les périls et la mort. J’auroisbu de l’eau de cette fontaine comme M. Storck a mangé du napel.Mais au lieu de cette fontaine homicide qui ne s’est point trou-vée , nous trouvâmes une fontaine très bonne, très fraîche, dontnous bûmes tous avec grand plaisir, et qui ne tua personne.