476 CORRESPONDANCE.
à garder mes tisons ; et nous avions eu déjà de fortes gelées et desneiges durables long-temps avant la réception de votre lettre.Cela, monsieur, me chagrine en une chose : c’est de ne pouvoirplus, pour cette année, exécuter votre petite commission des ro-siers à feuilles odorantes, puisque, ayant depuis long-temps perdutoutes leurs feuilles, ils seroient à présent impossibles à distinguer,et difficiles même à trouver. Je suis donc forcé de remettre cetterecherche à l’année prochaine ; et je vous assure que vous mefournissez l’occasion d’une petite herborisation très agréable, ensongeant que je la fais pour votre jardin.
Je vous dois et vous fais, monsieur, bien des remercîmentsdes lauriers que vous avez la bonne intention de m’envoyer pourmon herbier, quoique je ne me rappelle point du tout qu’il en aitété question entre nous : ils ne laisseront pas de trouver leurplace, et de me rappeler votre obligeant souvenir aussi long-temps que je resterai possesseur de mon herbier; car il pourraitdans peu changer de maître, ainsique mes livres de plantes, dontje cherche à me défaire, étant sur le point de quitter totalementla botanique.
J’ai fait votre commission auprès de madame Delessert, et jene doute pas que, dans sa première lettre, elle ne me charge deses remercîments et salutations pour vous ; elle a eu la bontéde me pourvoir d’une bonne épinette pour cet hiver; cet instru-ment me fait plaisir encore, et me donne quelques moments d’a-musement; mais il ne me fournit plus de nouvelles idées demusique, et je me suis vainement efforcé d’en jeter quelquesunes sur le papier; rien n’est venu, et je sens qu’il faut renoncerdésormais à la composition comme à tout le reste : cela n’est passurprenant.
Bonjour, monsieur; le beau soleil qu’il fait ici dans ce momentme fait imaginer des promenades délicieuses en cette saison,dans le pays où vous êtes ; et, si j’y étois aussi, j’aimerois bienà les faire avec vous.
Bonjour derechef; portez-vous bien, amusez-vous, et donnez-moi quelquefois de vos nouvelles.
A MADAME B.
Monquin, le 7 décembre 1769.
Je présume, madame, que vous voilà heureusement arrivée àParis, et peut-être déjà dans le tourbillon de ces plaisirs bruyants