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Tome huitième.
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ANNÉE 1770. 4g<J

père; et j’aime mieux cent fois être ce père infortuné qui négligeason devoir par foiblesse, et qui pleure sa faute, que d’être l’ami,perfide qui trahit la confiance de son ami, et divulgue, pour le dif-famer, le secret qu’il a versé dans son sein.

Jeune femme, voulez-vous travailler à vous rendre heureuse,commencez d’abord par nourrir votre enfant : ne mettez pas vo-tre fille dans un couvent, élevez-la vous-même ; votre mari estjeune, il est d’un bon naturel ; voilà ce qu’il nous faut. Vous neme dites point comment il vit avec vous : n’importe; fût-il livréà tous les goûts de son âge et de son temps, vous l’en arracherezpar les vôtres sans lui rien dire ; vos enfants vous aideront à le re-tenir par des liens aussi forts et plus constants que ceux de l’a-mour : vous passerez la vie la plus simple, il est vrai, mais aussila plus douce et la plus heureuse dont j’aie l’idée. Mais, encore unefois, si celle d’un ménage bourgeois vous dégoûte, et si l’opinionvous subjugue, guérissez-vous de la soif du bonheur qui voustourmente, car vous ne l’étancherez jamais.

Voilà mes idées : si elles sont fausses ou ridicules, pardonnezl’erreur à l’intention ; je me trompe peut-être, mais il est sûrque je ne veux pas vous tromper. Bonjour, madame; l’intérêtque vous prenez à moi me touche, et je vous jure que je vous lerends bien.

Toutes vos lettres sont ouvertes ; la dernière l’a été, celle-ci lesera ; rien n’est plus certain. Je vous en dirois bien la raison, maisma lettre ne vous parviendroit pas : comme ce n’est pas à vousqu'on en veut, et que ce ne sont pas vos secrets qu’on y cherche,je ne crois pas que ce que vous pourriez avoir à me dire fût ex-posé à beaucoup d’indiscrétion; mais encore faut-il que VOUSsoyez avertie.

A LA MÊME.

Monquin, le 2 février 1770.

Si votre dessein, madame, lorsque vous commençâtes de m’é-crire, étoit de me circonvenir et de m’abuser par des cajoleries,vous avez parfaitement réussi. Touché de vos avances, je prêtoisà votre ame la candeur de votre âge ; dans l’attendrissement demon cœur, je vous regardois déjà comme l’aimable consolatricede mes malheurs et de ma vieillesse, et l’idée charmante que jeme faisois de vous effaçoit l’idée horrible des auteurs des trames