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Tome huitième.
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482 C0BBKSP0ND-VNCE.

L’habitude la plus douce qui puisse exister est celle de la viedomestique, qui nous tient plus près de nous qu’aucune autre :rien ne s’identifie plus fortement, plus constamment avec nousque notre famille et nos enfants ; les sentiments que nous acqué-rons ou que nous renforçons dans ce commerce intime sont lesplus vrais, les plus durables, les plus solides qui puissent nousattacher aux êtres périssables, puisque la mort seule peut leséteindre; au lieu que l’amour et l’amitié vivent rarement autantque nous : ils sont aussi les plus purs, puisqu’ils tiennent déplusprès à la nature, à l’ordre, et, par leur seule force, nous éloignentdu vice et des goûts dépravés. J’ai beau chercher où l’on [peuttrouver le vrai bonheur, s’il en est sur la terre; ma raison ne mele montre que là... Les comtesses ne vont pas d’ordinaire l’y cher-cher , je le sais : elles ne se font pas nourrices et gouvernantes ;mais il faut aussi qu’elles sachent se passer d’être heureuses ; ilfaut que, substituant leurs bruyants plaisirs au vrai bonheur, ellesusent leur vie dans un travail de forçat, pour échapper à l’ennuiqui les étouffe aussitôt qu’elles respirent ; et il faut que celles quela nature doua de ce divin sens moral qui charme quand on s’ylivre, et qui pèse quand on l’élude, se résolvent à sentir inces-samment gémir et soupirer leur cœur, tandis que leurs sens s’a-musent.

Mais moi qui parle de familles, d’enfants... Madame, plaignezceux qu’un sort de fer prive d’un pareil bonheur; plaignez-less’ils ne sont que malheureux; plaignez-les beaucoup plus s’ilssontcoupables. Pour moi, jamais on ne me verra, prévaricateur de lavérité, plier dans mes égarements mes maximes à ma conduite ;jamais on ne me verra falsifier les saintes lois de la nature et dudevoir pour exténuer mes fautes. J’aime mieux les expier que lesexcuser : quand ma raison me dit que j’ai fait dans ma situationce que j’ai dû faire, je l’en crois moins que mon cœur qui gémit etqui la dément. Condamnez-moi donc, madame, mais écoutez-moi : vous trouverez un homme ami de la vérité jusque dans sesfautes, et qui ne craint point d’en rappeler lui-même le souvenirlorsqu’il en peut résulter quelque bien. Néanmoins je rends grâ-ces au ciel de n’avoir abreuvé que moi des amertumes de ma vie,et d’en avoir garanti mes enfants : j’aime mieux qu'ils ^ ivent dansun état obscur sans meconnoître, que de les voir, dans mes mal-heurs, bassement nourris par la traîtresse générosité de mes en-nemis, ardents à les instruire à haïr et peut-être à trahir leur