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Tome huitième.
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488 CORRESPONDANCE.

fût l’effet de l’âpreté d’uu caractère indomptable et fier qui neveut céder qu’à lui-même. Cette dureté, propre aux seuls natu-rels qui ont beaucoup d’étoffe, et qui ne se trouve guère au paysoù vous vivez, n’est pas probablement celle de votre élève : si ce-pendant cela se trou voit (et c'est un discernement facile à faire),alors il faudrait bien vous garder de suivre avec lui la méthodedont je viens de parler, et de heurter la rudesse avec la rudesse.Les ouvriers en bois n’emploient jamais fer sur fer; ainsi faut-ilfaire avec les esprits roides qui résistent toujours à la force ; il n’ya sur eux qu’une prise, mais aimable et sure : c’est l’attachementet la bienveillance : il faut les apprivoiser comme les lions, parles caresses. On risque peu de gâter de pareils enfants ; tout con-siste à s’en faire aimer une fois, après cela vous les feriez mar-cher sur des fers rouges.

Pardonnez, monsieur, tout ce radotage à ma pauvre tcte quidiverge, bat la campagne, et se perd à la suite de la moindre idée:je n’ai pas le courage de relire ma lettre, de peur d’être forcé de larecommencer. J’ai voulu vous montrer le vrai désir que j’auraisde vous complaire et d’applaudir à vos respectables soins ; mais jesuis très persuadé qu’avec les talents que vous me paraissez avoiret le zèle qui les anime, vous n’avez besoin que de vous-mêmepour conduire, aussi sagement qu’il est possible, le sujet que laProvidence a mis entre vos mains. Je vous honore, monsieur, etvous salue de tout mon cœur.

A M. MOULTOU.

Monqnin, le 17170.

Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.

Cher Moultou, quoique vous paraissiez m’oublier, je vous aimetoujours, et je n’ai pas voulu m'éloigner de ce pays sans vous endonner avis et vous dire encore un adieu. Je compte y resterquinze jours ou trois semaines avant de me rendre à Lyon : cestrois semaines me seraient bien précieuses pour l’herborisationdes mousses et des lichens, si la neige n’y portoit obstacle ; carprobablement l’occasion n’en reviendra plus pour moi. Le temps,qui parait vouloir se remettre, peut permettre un essai ; et, aprèsavoir été long-temps bien malingre, je compte tenter aujourd’huil’analyse de quelques troncs d’arbres. Faites comme moi. Adieu,je vous embrasse tendrement, et je vous exhorte à m’aimer, carje le mérite. J.-J. Rousseau.