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Tome huitième.
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489
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ANNÉE 1770. 489

Je reprends un nom que je n’aurols jamais dû quitter : n’enemployez plus d'autre pour m’écrire.

A MADAME GONCERÜ,née Rousseau.

Monquin, le 17170.

Pauvres aveugles que nous sommes! etc.

Ma bonne, ma chère, ma respectable tante, né mourant, jevous pardonne de m’avoir fait vivre, et je m’afflige de ne pouvoirvous rendre à la fin de vos jours les tendres soins que vous m’a-vez prodigués au commencement des miens. A la première lueurd’une meilleure fortune, je songeai à vous faire une petite part dema subsistance qui pût rendre la vôtre un peu plus commode : jevous en fis aussitôt donner avis, et votre petite pension commençade courir en même temps, savoir, à la fin de mars 1767 (*). Il n’y apas encore de cela trois ans révolus, et ces trois ans vous ont étépayés d’avance année par année : ainsi, quand vous ne recevriezrien d’un an d’ici, tout seroit encore en règle, et il n’y auroit en-core rien d’arriéré. Mon intention est bieu pourtant de continuerà vous payer d’avance et l’année qui commencera bientôt de cou-rir, et les suivantes, autant que mes moyens me le permettront ;mais, ma chère tante, je ne puis pas vous dissimuler que la du-reté présente et future de ma situation me met dans la nécessité decompter avec moi-même, sans quoi je ne me résoudrois jamais àcompter avec vous. Veuillez donc prendre un peu de patience,dans la certitude de n’être pas oubliée; et s'il arrivoit dans lasuite que votre pension tardât à venir, ce qui ne sera pas, autantqu’il me sera possible, dites-vous alors à vous-même : « Je con-« nois le cœur de mon neveu ; et, sûre qu’il ne m’oublie pas, je le« plains de n’ètre pas en état de mieux faire. » Adieu, ma bonneet respectable tante : je vous recommande à la Providence ; faitesla môme chose pour moi, car j’en ai grand besoin, et recevez avecbonté mes plus tendres et respectueuses salutations.

AU MARQUIS DE CONDORCET.

Monquin, le 17Ü70.

Pauvres avtuglcs que nous sommes ! etc.

Je suis pénétré, monsieur, de l’honneur que vous me faites de(’) Voyez la lettre à iVtvci'nois, (lu 29 janvier (768.