490 COBKESPONDANCE.
m’envoyer vos Essais d’analyse , et je m’en sens digne par masensibilité, quoique je le sois si peu par mon intelligence, tropbornée pour me mettre en état de lire cet ouvrage, que ma têteaffaiblie ne me permettrait même plus de suivre, quand j’auraisles connoissances nécessaires pour cela. Que je vous envie de cul-tiver de profondes études qui mènent à des vérités qu’un hommeisolé peut dire impunément à ses semblables, sans avoir besoinde tenir à des partis et de se donner des appuis! Si j’avois à re-naître, je tâcherais d’être votre disciple, pour mériter l’honneurd’ètre un jour votre émule et votre ami ; mais ne pouvant, dansmon ignorance, être que votre stupide admirateur, je vous re-mercie au moins du moment de véritable douceur que votre obli-geante attention jette sur ma triste existence. Je vous salue,monsieur, et vous honore de tout mon cœur.
A M. BUBELLOY.
Monquiu, par Bourgoin, le fr' ; -70.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
J’honorais vos talents, monsieur, encore plus le digne usageque vous en faites ; et j’admirois comment le même esprit patrio-tique nous avoit conduits par la même route à des destins sicontraires, vous à l’acquisition d’une nouvelle patrie et à des hon-neurs distingués, moi à la perte de la mienne et à des opprobresinouïs.
Vous m’avez ressemblé, dites-vous, par le malheur ; vous meferiez pleurer sur vous, si je pouvois vous en croire. Etes-vousseul en terre étrangère, isolé, séquestré, trompé, trahi, diffamépar tout ce qui vous environne, enlacé de trames horribles dontvous sentiez l’effet, sans pouvoir parvenir à les connoître, à lesdémêler ? Êtes-vous à la merci de la puissance, de la ruse, de l’i-niquité, réunies pour v ous traîner dans la fange, pour élever au-tour de vous une impénétrable œuvre de ténèbres, pour vous en-fermer tout vivant dans un cercueil? Si tel est ou fut votre sort,venez, gémissons ensemble ; mais, en tout autre cas , ne vousvantez point de faire avec moi société de malheurs.
Jelisois votre Bayard-, fier que vous eussiez trouvé mon Édouarddigne de lui servir de modèle en quelque chose ; et vous me fai-siez vénérer ces antiques François auxquels ceux d'aujourd’huiressemblent si peu, mais que vous faites trop bien agir et parler