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Tome huitième.
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A INNÉE 17*0. 503

mour m’eût fait faire un crime, il faudrait m’en punir et m’enplaindre; mais il ne me rendrait pas l’horreur des honnêtesgens.

Voilà tout, ce me semble, à moins qu’on ne veuille ajouterl’amour de la solitude ; car cet amour fut la première marque àlaquelle Diderot parut juger que j’étois un scélérat. Ses mysté-rieuses trames avec Grimm étoient commencées quand j’allai vivreà l’Ermitage ; il publia quelque temps après le Fils naturel, danslequel il inséra cette sentence : Il n’y a que le méchant qui soitseul.it lui écrivis avec tendresse, pourme plaindre qu’il n’eùt mis àce passage aucun adoucissement. Il me répondit durement et sansaucune explication. Pour moi, quoique cette sentence ait quelquechose qui papillotte à l’oreille, je n’y trouve qu’une absurdité ; etil est si faux qu’il n’v ait que le méchant qui soit seul, qu’au con-traire il est impossible qu’un homme qui sait vivre seul soit mé-chant, et qu’un méchant veuille vivre seul ; car à qui feroit-il dumal, et avec qui formeroit-il ses intrigues? La sentence en elle-même e.xigeoit donc tout au moins une explication : elle l’exigeoitbien plus encore, ce me semble, de la part d’un auteur qui, lors-qu’il parloit de la sorte au public, avoit un ami retiré depuis sixmois dans une solitude ; et il étoit également choquant et mal-honnête de refuser, du moins en maxime générale, l’honorable etjuste cxceptiou qu’il devoit non seulement à cet ami, mais à tantde sages respectés, qui dans tous les temps ont cherché le calmeet la paix dans la retraite, et dont, pour la première fois depuisque le monde existe, un écrivain s’avise, avec un trait de plume,de faire autant de scélérats : mais Diderot avoit ses vues, et nes’embarrassoit pas de déraisonner, pourvu qu’il préparât de loinles coups qu’il m’a portés dans la suite.

.Te vais faire une remarque qui peut paraître légère, mais quime paraît à moi des plus sûres pouv juger de l’état interne et vraid’un auteur. On sent, dans les ouvrages que j’éerivois à Paris,la bile d'un homme importuné du tracas de cette grande ville, etaigri par le spectacle continuel de ses vices ('). Ceux que j’écrivisdepuis ma retraite à l’Ermitage respirent une tendresse de cœur,une douceur d’ame, qu’on ne trouve que dans les bocages, et qui

O Ajoutez les impulsions continuelles de Diderot, qui, soit qu'il ne pfit oublier ledonjon de vincennes, soi t avec le projet déjà formé de me vendre odieux, m’allo.t sanscesse excitant et stimulant aux sarcarmes. sitôt que je fus à la campagne, et (pie cesimpulsions cessèrent, le caractère et le ton de mes écrits changèrent, et je rentrai dansmon naturel.