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Tome huitième.
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CORRESPONDANCE.

prouvent l’effet que faisoient sur moi la retraite et la campagne,et qu’elles feront toujours sur quiconque en saura sentir le charmeet y vivre aussi volontiers que moi. Lespensées mâles de la vertu ,dit le nerveux Voung, les nobles élans du génie , les brûlantstransports d’un cœur sensible, sont perdus pour l'homme quicroit qu’être seul est une solitude : le malheureux s’est condamnéà ne les jamais sentir. Dieu et la raison ! quelle immense société!que leurs entretiens sont sublimes ! que leur commerce est ■pleinde douceur! Voilà MM. Young et Diderot d’avis un peu diffé-rents, sans ajouter celui de Virgile. Pour moi, je me fais honneurd’avoir imité le scélérat Descartes, quand il s’en alla mécham-ment philosopher dans sa solitude de Nord-Hollande.

Je viens de faire, ce me semble, une revue exacte, et je n’y voisrien encore qui m’ait pu donner des penchants pervers. Quereste-t-il donc enfin? L’amour de la gloire. Quoi ! ce noble senti-mentfqui élève l’ame aux sublimes contemplations, qui l’élancedans les régions éthérées, qui l’étend pour ainsi dire sur toute lapostérité, pourrait lui dicter des forfaits ! 11 prendrait, pour s’ho-norer, la route de l’infamie! Eh ! qui ne sait que rien n’avilit, neresserre et ne concentre l’ame comme le crime; que rien de grandet de géuéreux ne peut partir d’un intérieur corrompu? Non, non;cherchez des passions viles pour cause à des actions viles. Onpeut être un malhonnête homme et faire un bon livre; mais ja-mais les divins élans du génie n’honorent l’ame d’un malfaiteur ;et si les soupçons de quelqu’un que j’estimerois pouvoient à cepoint ravaler la mienne, je lui présenterais mon Discours surl'Inégalité (') pour toute réponse, et je lui dirais : Lis, et rou-gis 0-

Vous me”eiterez Erostrate. A cela voici ma réponse. L’histoired’Érostrate est une fable : mais supposons-la vraie; Erostrate,sans génie et sans talent, eut un moment la fantaisie de la célé-brité, à laquelle il n’avoit aucun droit; il prit la seule et courtevoie que son mauvais cœur et son esprit étroit pût lui suggérer :

(<) En retranchant quelques morceaux de la façon de Diderot, qu’il m'v fit insérerpresqneVnalgréjnoi. Il en avoit ajouté de plus durs encore ; mais je ne pus me résou-dre à les employer.

( s ) Que seroit-ce si je lui présentons ma Lettre à d'Alcmbert sur les spectacles,ouvrage joùjle plus tendre délire perce à travers la force du raisonnement, et rendeette’.lecture ravissante ? Il n'y a point d’absurdité qu'on ne rende imaginable en sup-posant que des'.scélérats peuvent traiter ainsi de pareils sujets. Démocrite prouva auxAbdéritainsjqu'ili'n'étoit pas fou, en leur lisant une de ses pièces; et moi, je défie touthoimue'scnsé qui jira cette ’.eltrede pouvoir croire que l'auteur soit un coquin.