CORRESPONDANCE.
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à laquelle il a consacré le plus de temps et de soin. Elle prouvera,par un exemple flétrissant pour l’espèce humaine, combien estforte l’union des méchants pour mal faire, tandis que celle desbons , quand elle existe, est si lâche, si foible, et toujours si fa-cile à rompre.
Rien n’a été omis pour l’exécution de cette noble entreprise :toute la puissance d’un grand royaume, tous les talents d’un mi-nistre intrigant, toutes les ruses de ses satellites, toute la vigi-lance de ses espions , la plume des auteurs, la langue des clabau-deurs, la séduction de mes amis, l’encouragement de mes ennemis,les malignes recherches sur ma vie pour la souiller, sur mes propospour les empoisonner, sur mes écrits pour les falsifier ; l’art dedé-naturer, si facile à la puissance; celui de me rendre odieux à tousles ordres, de me diffamer dans tous les pays. Les détails de tousces faits seroient presque incroyables, s’il m’étoit possible d’ex-poser ici seulement ceux qui me sont connus. On m’a lâché desespions de toutes les espèces, aventuriers, gens de lettres, abbés,militaires, courtisans ; on a envoyé des émissaires en divers payspour m’y peindre sous les traits qu’on leur a marqués. J’avois enSavoie un témoin de ma jeunesse, un ami que j’estimois, et surlequel je comptais : je vais le voir, je vois qu’il me trompe ; je 1etrouve en correspondance avec M. de Choiseul. J’avois à Paris unvieux compatriote, un ami, très bon homme ; on le met à la Bas-tille , j’ignore pourquoi, c’est-à-dire sous quel prétexte. Le longtemps qu’il y a resté lui fait honneur ; on l’aura trouvé moins do-cile qu’on n’avoit cru; je veux espérer qu’on n’aura pas lassé sapatience, et qu’au bout de seize mois il sera sorti de la Bastilleaussi honnête homme qu’il y est entré. Je desire la même chosedu libraire Guy, qu'on y a mis de même, et détenu presque aussilong-temps. On disoit avoir trouvé dans les papiers du premierun projet de moi pour l’établissement d’une pure démocratie àGenève ; et j’ai toujours blâmé la pure démocratie à Genève etpartout ailleurs : on disoit y avoir trouvé des lettres par lesquellesj’excitais les brouilleries de Genève; et non seulement j’ai tou-jours blâmé les brouilleries de Genève, mais je n’ai rien épargnépour porter les représentants à la paix. Mais qu’importe qu’on enimpose et qu’on mente? un mensonge dit en l’air fait toujours soneffet, surtout quand il vient des bureaux d’un ministre, et quandil tire sur moi.
En songeant au libraire de Paris, avec lequel j’eus si peu d’af-