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Tome huitième.
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ANNEE 1770. 511

inévitable de compromettre madame de Luxembourg, si j’étoisinterrogé, ou de mentir, ce que j’étois bien résolu de ne pas faire.Sur ce motif, auquel je ne pus résister, je partis enfin, et l’on nelâcha le décret que quand ma résolution fut bien prise et qu’on putle savoir. Il paroît que dès-lors le projet étoit arrangé entre ma-dame de Boufflers et M. Hume pour disposer de moi. Elle n’épar-gna rien pour m’envoyer en Angleterre. Je tins bon , et vouluspasser en Suisse. Ce n’étoit pas là le compte de la ligue, qui, parses manœuvres, parvint avec peine à m’en chasser. Nouvelles sol-licitations plus vives pour l’Angleterre ; nouvelle résistance dema part. Je pars pour aller joindre milord maréchal à Berlin. Laligue vit l’instant où j’allois lui échapper. Son complot s’en allaitpeut-être en fumée, si l’on ne m’eût tendu tant de pièges à Stras-bourg qu’enfin j’y tombai, me laissai livrer à Hume , et partisavec lui pour l’Angleterre, où j’étois attendu depuis si long-temps.Dès ce moment ils m’ont tenu ; je ne leur échapperai plus.

Que je regrettai la France ! avec quelle ardeur, avec quelleconstance je surmontai tous les obstacles, tous les dangers mêmequ’on eut soin d’opposer à mon retour ; et cela pour venir essuyer,dans ce pays si désiré, des traitements qui m’ont fait regretterrAngleterre! Cependant les seize mois que j’y passai ne furentpas perdus pour la ligue. A mon retour, je trouvai la France etFEurope totalement changées à mon égard ; et ma prévention, mastupidité furent telles, que, trop frappé des manœuvres de DavidHume et de ses associés, je m’obstinois à chercher à Londres lacause des indignités que j’essuyois àTrye. Me voilà bien désabusédepuis que je n’y suis plus, et je rends aux Anglois la justicequ’ils me refusent. Néanmoins, s'ils étoient ce qu’on les sup-pose, ils auraient dit : N’imitons pas la légèreté françoise; dé-fions-nous des preuves d’accusation qu’on cache si soigneusementà l’accusé, et gardons-nous de juger sans l’entendre un hommequ’on cajole avec tant de fausseté, et qu’on charge avec tant d’a-nimosité.

Enfin ce complot, conduit avec tant d'art et de mystère, est enpleine exécution. Que dis-je? il est déjà consommé : me voilà de-venu le mépris, la dérision , l’horreur de cette même nation dontj’avois, il y a dix ans , l’estime, la bienveillance, j’oserais direla considération ; et ce changement prodigieux, quoique opérésur un homme du peuple, sera pourtant la plus grande œuvre dumiuistère de M. de Choiseul, celle qu’il a eue le plus à cœur, celle