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Tome second.
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202 ASTRONOMIE, LIV. VII.

jugeons être fort éloignés , en même temps que nous jugeons les ob-jets fort éloignés, lorsque nous voyons à la fois beaucoup de corpsinterposés entre nous et ces objets. Roger Bacon,en citant l’Optiquede Ptolémée ( ouvrage qui s’est perdu pendant les siècles d’igno-rance) , nous apprend que cet auteur en avoit jugé ainsi:Descartes,Wallis, en 1687 (Algebra, c. 102), et Mallebranche {Recherches dela ver. liv. 1. ), l’expliquent de la même maniéré. Régis écrivitcontre\Mallebranche ; mais les géomètres se déclarèrent pour ce-lui -ci ( Journal des savans, 8 et 1 5 mars 1694). Voici donc, ce mesemble, le nœud delà difficulté.

La Lune, se levant à l’horizon derrière une montagne ou à l’ex-trémité d'une plaine, paroît nécessairement à la suite de plusieursobjets sensibles et variés; au lieu que dans une certaine hauteur onéleve la vue pour appercevoir la Lune , et l’on ne voit rien entre elleet nous qui puisse nous faire juger de sa distance. Dans le premiercas, notre imagination, accoutumée à juger de l’éloignement d’un. corps par la multitude des objets qui paraissent entre lui et nous , es-time la Lune fort loin de nous , et cela par habiLude, par instinct, etpar une suite de sa maniéré d’estimer et de juger des distances. Or,un même objet, que nous jugerons fort éloigné, sera jugé plus grandque si on le croyoit fort près : ainsi la Lune , dans l’horizon estiméeà une plus grande distance , est jugée plus grande par cette premièreperception ; la réflexion ne suffit pas pour empêcher la liaison de cesdeux jugemens, pareequ’une habitude continuelle y a mis une dé-pendance si forte qu’on ne peut plus les séparer (a) .

C’est par la même raison que les deux voyageurs qui sont par-venus sur le Mont-Blanc, en 1784, à 2846 toises de hauteur, disentque le volume du soleil couchant leur paroissoit immense ; cela ve-noit probablement des objets interposés ( Bourrit, déscr. des glaciers^178 5 , page?>o6). On trouvera d’autres preuves de la vérité de cejugement habituel et involontaire sur la grandeur des objets , et undétail sur l’apparence de la Lune, dans Y Optique de Smith {art.\6o, 164, eL remarque 97 ). Cet auteur y ajoute la figure apparentedu ciel, qui paroît surbaissée, d’après beaucoup d’expériences op-

(a) C’est ainsi qu’en touchant unepetite boule avec les doigts bien croi-sés , on croit en sentir deux. Ordinai-rement un corps que l’on touche avecla partie droite du doigt qui est à droite,et le corps que l’on touche avec la par-tie gauche du doigt qui est à gau-che , sont toujours des corps très dif-

férens : on peut, en croisant les doigts,y produire la inème sensation avec unseul corps; mais, la sensation étant lamême , le jugement que l’on en porte ,par mie suite nécessaire de l’habitude ,reste le même, et l’on en sent deux,même en voyant très bien qu’il n’y eua qu’une.