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trente ans et n’avait pas quitté sa position de cour-tisan, malgré le schisme de Henri VIII : les dédi-caces adulatrices que l’auteur du traité De reruminventoribus adressait à ses protecteurs, semblentjustifier ce surnom de Mouillegroin, qui est mis làpour flatteur.
Quant à la qualification de docteur chérubiqueou chërubinique, elle rappelle que Polydore étaitd’Urbin et qu’il avait composé une espèce de sommeangélique sur l’oraison Dominicale : In dominicainprecem commentariolus.
Rabelais s’attaque d’autant plus volontiers à Po-lydore Vergile, que ce favori de Henri VIII jouaitun double jeu en caressant à la fois les catholiqueset les protestants, en manifestant tout bas sa sympa-thie pour la Réforme et en exprimant tout haut lessentiments les plus hostiles contre Erasme. Au reste,Rabelais, ayant, comme secrétaire, accompagné JeanDu Rellay dans son ambassade auprès du roi d’An-gleterre, en 1527, avait pu connaître Polydore etse brouiller avec lui.
Le titre du livre, qu’il invente, est une épigraminecontre les moines en général, qu’il appelait tantôttorticolis ou torcoux, tantôt patespelues. Voy. leprologue du liv. IV et le ch. 54 du premier livre.Ces deux noms-là sont pris dans le sens d 'hypocrites.L’un, patespelues, doit être une allusion à la trom-perie de Jacob, qui se couvrit les mains d’une peau dechevreau pour se présenter devant son père au lieuet place d’Ësaü (Genèse, ch. 27); l’autre, torticolisou torcoux, représente ces cafards qui avaient tou-jours la tête penchée, comme dit Agrippa, dans