LES FORÊTS
gène a été mise à sa disposition. Aujourd’hui l’hommeest le maître de la végétation : qu’il n’arrache jamais unarbre sans se rendre compte du préjudice qu'il porte àlui-même et à sa race, et qu’il n’en plante jamais un sansse réjouir de l’acte utile qu’il accomplit 1 .
Les anciennes forêts n’ont pas seulement servi à com-poser l’air vital que nous respirons; elles ont encoreformé le sol fertile dans lequel poussent et fructifientnos moissons. Avant elles, il n’y avait pas de terre végé-tale. La surface du globe était nue et stérile. Que s’est-ilpassé? Ce qui se passe aujourd’hui sur le rocher qu’unvolcan soulève brusquement du fond de la mer, ou surl’île plate de corail, formée par l’industrie sociale deslithophytes qui, depuis des siècles, ont entassé leursdemeures cellulaires sur le sommet de quelque montagnesous-marine. Dès que ces rochers, sortis des flots, ontsubi le contact vivifiant de l’air, ils se couvrent çà et làde filaments déliés, puis de petites plaques rondes qui, àl’œil nu, paraissent de simples taches colorées ; les unessont blanches, les autres grises ou jaunâtres. Ces tachessont des plantes, des lichens, qui bientôt grandissent, serapprochent, se rejoignent, forment un tapis continu,puis prennent une couleur plus foncée, meurent et dé-posent sur la surface de la roche une première couche,bien mince, de débris végétaux. C’est assez pour qu’il s’ydéveloppe des plantes d'une organisation moins indigente,d’abord des mousses, ensuite, sur un lit de terreau quiva s’épaississant, des fougères. A ces dernières succè-dent des graminées, que remplacent des espèces plusgrandes, plus complètes, d’une végétation plus riche, jus-qu’à ce que des 1 arbrisseaux trouvent un terrain assezprofond et assez nutritif pour y enfoncer leurs racines et
i. Chacun sait que, parjune.loi admirable, les animaux, en re-tour de l’oxygène qu’ils ont absorbé, restituent à l’atmosphère del’acide carbonique, au prolit des végétaux, de sorte que chacune deces deux classes d’êtres vivants assure l’existence de l’autre.