LES FORÊTS
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des usagers. Henri IV entreprend de réduire le nombreinfini des droits d'usage et d’arrêter l’extension descoupes exagérées, « considérant que les grands dégâtsdes forêts du royaume, tant de celles du domaine royalque de celles des ecclésiastiques, commanderies et com-munautés, proviennent des ventes extraordinaires qui sefont contre les règlements, du nombre excessif d’officiers,grands et petits, qui prennent gages et taxations, chauf-fage et autres droits, de l’extrême quantité d’usages, etdes délits, abus, malversations qui se commettent en cesforêts. » Enfin Louis XIV, ou plutôt Colbert, qui a tantfait par son ordonnance de 1669 pour reconstituer lapropriété forestière, malgré la résistance de plusieursparlements, notamment de celui de Paris, accuse de laruine des forêts « la mauvaise administration des grandsmaîtres et des officiers aux maîtrises particulières, qui,non contents de dégrader eux-mêmes les bois par descoupes forcées et par l’emploi des plus beaux arbres àleurs maisons et bâtiments, ont traité avec les riverains,usagers, rentiers, bénéficiers, syndics et principaux habi-tants pour permettre et souffrir les abus, moyennantsommes notables et pensions annuelles, outre les droitsexorbitants qui ont souvent absorbé le prix des ventes, etl’application des amendes à leur profit particulier. »
Ces innombrables abus, joints aux empiétements inces-sants de l’agriculture, résultat nécessaire de l’accrois-sement de la population, et au développement de l’in-dustrie métallurgique, vorace de bois, réduisirent telle-ment l’étendue de nos forêts, qu’à la fin du dix-huitièmesiècle elles ne formaient plus qu’un ensemble d’environ9 600 000 hectares : elles avaient diminué de moitié de-puis le moyen âge, des trois quarts depuis l’arrivée deCésar en Gaule. Elles sont encore plus restreintes au-jourd'hui : la liberté des défrichements, donnée par laloi en 1791 à la propriété privée, les dévastations com-mises par les populations furieusement acharnées contre