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LES FORÊTS
les arbres à toutes les époques de troubles politiques etd’anarchie, — en 1789, en 1830, en 1848, en 1851, — laregrettable aliénation, plusieurs fois répétée, de partiesimportantes du domaine forestier de l'État pour subvenirà des besoins financiers 1 , la déplorable perte de l’Alsace-Lorraine 2 3 * , ont abaissé le nombre de nos hectares boisésau chiffre de 9 millions. De ce sol forestier, dont l’éten-due pourrait être doublée par l’adjonction de tant deterres improductives, un dixième seulement est la pro-priété de l’État et peut recevoir de lui un traitementpatient et rationnel 5 , tout le reste appartient aux com-munes et surtout aux particuliers, qui, pressés de jouirdu produit de leurs bois, trop souvent en abusent et lesruinent.
La France n’occupe aujourd'hui que le huitième rangparmi les nations européennes, classées d’après le rapportde leur, surface boisée à l’étendue totale de leur terri-toire. Elle a devant elle la Russie d’Europe, la Suède, laNorvège, l’Autriche, l’Allemagne, la Turquie d’Europe,la Suisse; elle ne laisse derrière elle que la Grèce,l’Espagne et le Portugal, la Belgique et la Hollande,l’Angleterre, le Danemark, États qui, au point de vue dela richesse forestière, ne comptent pour ainsi dire pas.Cette infériorité, dont il dépendrait de nous de relevernotre pays, malheureusement l’opinion publique l’ac-cepte avec une résignation qui mérite plutôt le nom d’in-différence. L’état le plus souvent médiocre de nos bois,dont on ne s’occupe qu’au moment d’y porter la cognée, lamultitude des délits forestiers journellement commis
1. Les aliénations ont été de 958 922 hectares : 168 826 hectaresde 1814 à 1830; 118 160 hectares de 1851 à 1848; 71 930 hectaresde 1852 à 1870. Ces parties aliénées, passées aux mains des parti-culiers, ont été les unes défrichées, les autres mal administrées,gaspillées.
2. C'est-à-dire de 350 530 hectares de nos plus belles forêts.
3. Le domaine forestier de l’État se réduit à 758 forêts, occupant
une superficie totale de 967 160 hectares.