LES FORÊTS
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d’hiver et desséché par le soleil d’été, ils croyaient quetoute culture y était impossible. Suivant l’exemple deleurs ancêtres, ils se contentaient d'élever de maigresbrebis qui se glissaient à travers les broussailles en ac-crochant leurs toisons et broutaient les tiges des jeunesbruyères. On a calculé qu’en certains endroits quatrehectares, c’est-à-dire un terrain qui d’ordinaire subvientà la subsistance de toute une famille, suffisaient à peinepour faire vivre un seul mouton. Encore fallait-il renou-veler les pâturages; quand l’eau avait disparu du sol etque la chaleur du soleil avait commencé à dessécher lesplantes, les pâtres landais mettaient le feu aux brandes,afin qu’après l’incendie une nouvelle végétation d’herbeplus tendre reparût sous les cendres et les débris cal-cinés 1 . » Aussi ces terres n’avaient-elles aucune valeur;pour les vendre, on ne se donnait même pas la peine deles toiser; la portée de la voix servait de mesure : toutl’espace sur lequel le cri du berger se faisait entendrese payait quelques francs.
Ces bergers étaient les seuls êtres humains que l’onapercevait dans la lande, dont le silence n’était inter-rompu que par des bêlements de moutons, ou par lanote plaintive de quelque oiseau de marais, se détachanttout à coup sur le perpétuel concert d’innombrablescigales, si monotone que l’oreille s’y accoutume et ne leperçoit plus. On les voyait de loin, juchés sur leurslongues échasses, surveillant de haut leurs brebis cachéesdans le fourré, en tricotant des bas ou en tordant du fil,cheminant tranquillement au milieu des flaques et desmarécages, traversant les broussailles épineuses, sur lesommet desquelles ils avaient l’air de marcher. Taci-turnes, à demi sauvages, si vous vous dirigiez vers eux,ils vous regardaient d’un œil défiant et s’enfuyaient à
1. F.lisée Reclus, le Littoral de la France, l'.evue des Deux-Mondes,août 1803.
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