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LES FORÊTS
grandes enjambées. Quelques petits cultivateurs, fermiersou métayers, demeurant à de grandes distances les unsdes autres dans des cabanes dont le toit dépassait à peinele niveau de la lande, habitaient aussi ces solitudes. Ilsvivaient misérablement du produit de leurs champs,ensemencés de seigle, de millet ou de maïs, sur lesterrains inclinés qui bordent les ruisseaux.
Cette région, parsemée d’eaux stagnantes, était mal-saine. La plupart des Landais étaient chétifs, avaient levisage maigre et blafard, les yeux creux. Pendant lesmois d’août et de septembre, beaucoup d’entre eux tom-baient malades et gardaient le lit. Une affreuse maladie,appelée pellagre, espèce de lèpre, faisait aussi tous lesans de nombreuses victimes. Pour se guérir, on n’appe-lait pas le médecin, qui était loin, on ne savait où, dansles grandes villes; on s’adressait à de vieilles femmesconnaissant par tradition des remèdes infaillibles et, sile cas était grave, à des sorciers de profession : vieillardssincèrement superstitieux, qui employaient les passes etles attouchements magnétiques, refusant tout salaire,qui leur eût fait perdre, pensaient-ils, leur pouvoir surna-turel, ou bien « bergers au regard sinistre, qui tra-çaient des cercles magiques, brûlaient des cheveux, de lagraisse et du soufre, évoquaient le diable en termes caba-listiques et célébraient de hideuses cérémonies grasse-ment payées ». Parfois le paysan guérissait néanmoins;mais « en se relevant de son lit de douleur, il était de-venu pour le reste de sa vie une proie de la terreur : iltremblait en entendant le cri de la chouette et du hibou;il redoutait les sorts, les enchantements, et souvent ilcraignait de rencontrer un loup garou jusque dans sonvoisin ou dans un membre de sa propre famille 1 ».
La région des landes n’avait pas seulement contre ellesa stérilité, ses inondations continuelles, son insalubrité ;
1. Elisée Reclus, le Littoral de la France.