Buch 
Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
Entstehung
Seite
115
JPEG-Download
 

LES FORÊTS

115

climat, ne peut-on compter avec beaucoup de raison surl’apparition d’un grand nombre de sources que la cbutcdes bois a fait tarir et que leur résurrection ramèneravraisemblablement au jour? Ces eaux répandraient au-tour d’elles la fécondité et la fraîcheur, tandis que lestorrents, devenus tranquilles, fourniraient à l’agricultured’abondants arrosages, et à l'industrie des forces motrices,qu’on s’étonnera un jour d’avoir laissé perdre si long-temps. » '

Pour entreprendre la grande œuvre de la régéné-ration des Hautes-Alpes par le reboisement, M. Surell necompte pas sur les populations de la montagne, pauvreset peu éclairées; il compte sur l’État ; il lui en fait uneobligation morale ; il y voit une question d’intérêt na-tional, de patriotisme, de solidarité humaine : « Si, par unaccident de guerre, ce département nous était tout à coupravi, la France entière se lèverait en armes pour le dé-fendre. Mais c’est là justement ce qui arrive. Il nous estenlevé, en détail, tous les jours, sous nos yeux, par desennemis naturels, sans qu’il puisse se défendre : et lepays tout entier consentirait tranquillement à sa perte!La première loi de toute société est de s’entr’aider. Le fortdoit protection au faible, et le riche doit secourir lepauvre. Ce précepte découle de la raison, non moins quedu cœur; il répond à l’intérêt bien entendu des so-ciétés comme aux instincts les plus élevés de notre na-ture, et la charité sur ce point n’est que de la bonne éco-nomie politique. »

Le vœu de M. Surell s’est accompli; ses prédictionsse sont réalisées. Les terribles inondations de 1856émurent l’opinion publique. En 1860, une loi fut enfinvotée, qui prescrivit le reboisement des montagnes. L’an-née suivante, on s’était mis à l’œuvre.

Beaucoup d’intelligence, beaucoup de persévérance etde courage furent déployés. On se heurtait à deux grandesdifficultés : un sol déformé, déchiré, croulant, impropre