LES FORÊTS
lie
à recevoir les plantations, et l’opposition, poussée jus-qu’à la fureur, quelquefois jusqu'au crime, des monta-gnards : ils prétendaient qu’on sacrifiait la montagne àla plaine, qu'on allait les spolier de leurs pâturages, parconséquent de leurs troupeaux, leur unique moyen desubsistance.
On apaisa les montagnards en tenant compte de leursréclamations, en faisant concourir le gazonnement, demoitié avec le boisement, à la restauration des surfacesqui donnaient naissance aux torrents. Le sol fut d’abordtransformé : les berges des ravins profonds furent con-solidées à l’intérieur par des barrages qui, dès les pre-mières crues, amenèrent en amont des atterrissementsépaulant les talus, comblant les fonds; ou bien ellesfurent démolies et aplanies, converties en ondulationsdouces; sur ces berges on tailla des banquettes horizon-tales, légèrement inclinées du côté de la montagne, defaçon que les eaux eussent tendance à s’y arrêter, plus oumoins rapprochées selon l’inclinaison de la pente, souventsoutenues par des clayonnages. Ensuite on planta sur cesbanquettes, en ligne serrée, de petits arbres âgés de troisou quatre ans, et l’on en coupa la tige au ras du sol unefois, deux fois, trois fois même, jusqu’à ce que la vigueurdes pousses témoignât du développement des racines e tde l'activité de la végétation.
On eut soin de varier les espèces d’arbres suivant lanature des terrains : on choisit pour les terres légères etmobiles l'Orme, l’Érable, l’Acacia, le Noisetier, qui pous-sent vite et qui drageonnent abondamment; pour les solssecs et solides, le Chêne et le Noyer; enfin pour les fondshumides, l’Aune, le Frêne, le Peuplier, le Saule blanc,l’Osier. Là où l’on voulut former des haies touffues, onemploya le Prunellier, l’Épine noire, la Ronce, le Gené-vrier, l'Épine vinette. Ailleurs on eut recours aux arbresrésineux; on planta le Pin sylvestre, le Pin d’Auvergne, lePin à crochets, le Pin d’Alep.