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I.ES t'ORÈTS
bûcherons se montre dans le prix exorbitant qu’ilsdonnent de la terre, lorsqu'il s’en trouve à vendre àportée de leurs habitations : il n’est pas rare de voir uneterre médiocre se payer là le double de ce que valent lesmeilleures dans la même contrée. » La principale causede cette aisance, qui est générale chez les habitants dela forêt, c’est « la vie sobre et régulière dans laquelle ilssont maintenus par un travail continuel et isolé, chaquefamille ayant un atelier distinct et recueillant ainsi lefruit de son assiduité. »
Le bûcheron n’aime pas seulement son état pour lesprofits qu’il en tire ; il l’aime pour lui-même, il y trouveune sorte de plaisir qui lui fait oublier sa peine et sa fa-tigue. L’abatage d’un grand arbre est une sorte de luttedans laquelle il engage sa vigueur, sa volonté, son amour-propre; quand l’arbre tombe, il est content, quelquechose en lui chante victoire. Un bûcheron, un Améri-cain, qui était enthousiaste de sa profession et qui aécrit ses mémoires, y exprime un sentiment de ce genre :pour lui, la vue d’un bel arbre était aussi émouvante quepeut l’être celle d’une superbe pièce de gibier pour unchasseur. Un jour, il découvrit au milieu d’un massif unpin magnifique : « J’ai abattu des centaines d’arbres,dit-il, et j’en ai vu des centaines de mille, mais jamaisje n’en ai rencontré, jamais ma cognée n’en a fait tomberun aussi splendide que ce pin, qui avait poussé sur lebord d’une petite rivière. Son tronc était droit et élancécomme un ciefge. A 4 pieds de terre, il avait 0 pieds dediamètre. U atteignait 145 pieds de hauteur dont 65 sansaucune branche ; il avait presque la même grosseur d’unbout à l’autre. Il me fallut environ une heure un quartpour terrasser ce géant. C'était par une belle après-midi ;le calme le plus profond régnait autour de moi et le dé-sert m’environnait de sa majesté. Lorsque je l’eus frappédurant une heure, le puissant colosse, qui avait mis plu-sieurs siècles à croître, qui avait résisté aux plus vio-