LES FORÊTS
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lentes tempêtes et qui dominait tous ses voisins de sacime sans rivale, ce roi de la solitude commença àtrembler sous les coups d’un chétif insecte, car étais-jeautre chose auprès de lui? Mon cœur palpitait lorsqueje levais les yeux pour épier les premiers indices de sachute prochaine. Il tomba enfin avec un bruit épouvan-table qui me parut ébranler cent arpents de terrain ;l’écho répéta ce craquement sinistre, dont les dernierssons allèrent expirer dans les montagnes lointaines. Lasurface 'de la souche formait une vaste plate-forme ; unepaire de bœufs aurait pu s’y tenir; nous fûmes forcés,mes compagnons et moi, de l’abandonner, la rivièren’étant ni assez large ni assez profonde pour qu’on pûtl’y mettre à flot. Il fallut trois voitures traînées chacunepar six bœufs, pour emporter les débris de ce pin, aprèsque nous en eûmes tiré cinq grandes poutres. » Le nar-rateur ne tarit pas sur les dimensions extraordinaires del’arbre qu’il est fier d’avoir terrassé.
Dans les forêts des pays plats ou faiblement accidentés,le bûcheron éprouve généralement peu de difficultés etne court guère de danger ; il a toutes ses aises, il choi-sit son terrain, il assure sa pose, il mesure ses mouve-ments, surveille l’effet de ses coups, sait le moment et ladirection de la chute de l’arbre qu'il tranche; les acci-dents sont rares. Il n’en est pas de môme dans les mon-tagnes. Ici les massifs de sapins croissent le plus sou-vent sur des pentes abruptes, glissantes, au-dessus deprécipices profonds. Il faut d’abord que le bûcheron,les pieds munis de crampons, grimpe le long de l’arbrepour comper toutes les branches inférieures et débar-rasser le tronc des lierres, des plantes parasites quipresque toujours l’enlacent d’un réseau de cordages en-chevêtrés. Cette opération terminée, il entame à coupsde haelite le large pied du vieux sapin. Mais le sol lui re-fuse touit point d’appui; il ne sait où se tenir; on levoit tanttôt ramassé sur lui-même, les talons enfoncés