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Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
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LES FORÊTS

Le glissoir est posé, prêt à recevoir les troncs d’arbres,mais les ouvriers n’ont pas terminé leur lâche; la des-cente ne s’opère pas toute seule; ils ont à la surveiller, ày mettre la main, et c’est un pénible et périlleux labeur.Ils commencent par répandre de l’eau sur le conduit, dèsles premières gelées, afin que les fentes et les joints seremplissent de glace et que tout l’intérieur se couvre d’unecouche de verglas. Puis ils amènent les bois, en les traî-nant, en les faisant rouler sur la neige durcie, jusqu’au-près de l’ouverture du canal. Alors un certain nombred’entre eux vont se placer de distance en distance le longde la voie, armés de fortes gaffes; ils se tiennent surtoutprès des courbes où les troncs pourraient s’arrêter etmême sauter dehors, quoiqu’on ait pris soin en ces en-droits de rehausser le côté extérieur pour prévenir cetaccident. Lorsque chacun est à son poste, on lance lesbilles les unes après les autres, et en quelques minuteselles franchissent des lieues avec un roulement sourd etprolongé que l’on entend de très loin. On a vu, au glissoird’Alpnach, sur le flanc du Pilate, des sapins de 80 piedsne mettre que deux minutes et demie pour faire un trajetde trois lieues. En général on évite de lancer des arbrestortus, qui pourraient entraver les autres. Aussitôt qu’ilse produit un obstacle quelconque, la sentinelle donneun coup de sifflet, qui, répété de proche en proche jus-qu’au point de départ des billes, arrête immédiatementle travail ; une fois l’obstacle vaincu, un nouveau signalretentit et le lancement des bois recommence.

« Quand il fait une série de jours froids et secs suivis denuits sereines, on travaille ainsi sans aucune interruption,au prix de fatigues et de privations inouïes. La manièrede vivre de ces ouvriers est extraordinairement sobre. Ja-mais ils ne boivent de spiritueux; obligés de rester de lon-gues heures à la même place et par les froids les plus rigou-reux, ils pourraient s’assoupir sous l’influence de cesboissons, et le sommeil serait leur mort. Quelquefois ils