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Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
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LES FORÊTS

tralis) couvre d’immenses espaces sur les côtes basses etmarécageuses soit de l’Atlantique depuis la Virginie jus-qu’à la Floride, soit du golfe du Mexique depuis la Flo-ride jusqu’à la Louisiane.

Les bois de nos pays, situés à proximité des villes oude nombreux villages, ne peuvent donner aucune idée del’aspect d’une grande forêt américaine. On n’y trouve ja-mais un isolement ni un silence complets. Il y a toujoursquelque promeneur, quelque passant dans les chemins,dont le sol, dépouillé de gazon, est écorché par les piedsdes chevaux, tailladé par les roues des voitures. Dans lesmassifs, les hautes herbes sont foulées, écrasées. Ici quel-qu’un ramasse du bois mort ou casse des branchessèches; là des enfants fourragent dans les buissons, cou-pant des gaules ou pillant les nids; ailleurs on arrache lesmousses, on fauche les frondes des fougères, on enlèveles'feuilles mortes; partout du trouble et partout desdégâts, des flétrissures. Si l’on quitte les lisières pours'enfoncer dans les parties les plus retirées du bois, làencore des bruits connus arrivent jusqu’à vous, ne vouspermettent pas d’oublier les hommes et le train de lavie sociale ; ce sont les tintements d’une cloche de vil-lage, les coups de fouet et les cris d'un charretier, lechant des coqs, les aboiements d’un chien, la détonationd’une arme à feu, et, dans les intervalles, cette rumeurconfuse, perpétuelle, qui flotte dans l’air des lieux ha-bités.

Le voyageur qui, venant d’Europe, pénètre dans unedes vastes forêts du Canada ou de l’un des États du nord,— le Maine, l’Ohio ou le Michigan, — se sent aussitôtsaisi d’une profonde émotion : il s’étonne, il regarde, ilécoute, il s’extasie. Sous ces hautes voûtes de feuillagesupportées par d’innombrables fûts de pins et de chênesqui s’élancent d’un seul jet, dans un air immobile et unelumière amortie, réduite à un doux crépuscule, au mi-lieu d’un silence tel qu’il croit n’avoir jamais jusqu’alors