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Les forêts : ouvrage illustré de 43 vignettes / par E. Lesbazeilles
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LES FORÊTS

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connu le silence, il goûte avec délices la complète soli-tude et l’indépendance absolue. Il se croit transporté dansun monde nouveau, et il est lui-même un nouvel être;il lui semble que des chaînes et des fardeaux pesaientnaguère sur lui et qu’il en est tout à coup délivré ; pourla première fois il est libre et vraiment en tête-à-têteavec la nature.

Chateaubriand, nouvellement débarqué en Amérique ettraversant une forêt pour se rendre d’Albany à la cataractedu Niagara, a éprouvé bien vivement ces impressions.« J’allais, a-t-il écrit dans son journal, j’allais d’arbreèn arbre, à droite et à gauche indifféremment, me disantà moi-même : Ici plus de chemins à suivre, plus de villes,plus d’étroites maisons.... Liberté primitive, je te re-trouve enfin! Je passe comme cet oiseau qui vole devantmoi, qui se dirige au hasard, et n’est embarrassé que

du choix des ombrages_ Courez vous enfermer dans

vos cités, allez vous soumettre à vos petites lois, gagnezvotre pain à la sueur de votre front : moi, j’irai errantdans mes solitudes; pas un seul battement de mon cœurne sera comprimé, pas une seule de mes pensées nesera enchaînée! » Et pour se prouver qu’il ôtait rétablidans ses droits originels, il se livrait à mille actes d’in-dépendance ; sa joie allait jusqu’au délire ; son guide lecroyait fou.

Alexis de Tocqueville, voyageant avec un ami, M. G. deBeaumont, dans le Michigan, et remontant en canot unbras de la Saginaw à travers une immense forêt, ressentitle même enchantement. « Le désert était là, dit-il, telqu’il s’offrit aux regards de nos premiers pères : une so-litude fleurie, délicieuse, embaumée, magnifique de-meure, palais vivant bâti pour l’homme, mais où le maîtren’avait pas encore pénétré. Le canot glissait sans effortet sans bruit. Il régnait autour de nous une sérénité, unequiétude universelle. Nous-mêmes nous ne tardons pasà nous sentir comme amollis à la vue d’un pareil spec-