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LES FORÊTS
se rendent, à travers bois, au lieu de la réuni on. Tousles autres planteurs de la contrée se sont également misen route. On vient de cinquante, de cent milles à la ronde.Toutes ces familles campent dans les bois. C’est en pleinair, sous la nef de la futaie, entre des lambris de feuillage,que la cérémonie a lieu. La chaire du prédicateur estune pile de bois dressée au milieu d’une clairière; degrands arbres abattus servent de bancs à l’auditoire. On segroupe autour du pasteur, on écoute ensemble sa parole,on prie ensemble, on chante des cantiques ensemble. Leculte se renouvelle le lendemain, le surlendemain. Onvit ainsi, pendant trois ou quatre jours, d’une vie com-mune: on cause du passé, des soucis du présent, des es-pérances de l’avenir; on se promet de se revoir; puis onse sépare, et chaque famille réconfortée regagne sa soli-tude.
Il y a en outre un péril auquel ces hôtes des forêtsaméricaines, au début de leur installation, échappent, ra-rement. C’est la maladie, particulièrement la fièvre desbois, causée par les miasmes qui se dégagent de ce solgénéralement parsemé de /laques d’eau stagnante, de ma-rais fangeux où se décomposent des amas de détritusvégétaux. Quand ce mal atteint quelque membre de la fa-mille, — il les atteint quelquefois tous en même temps, —que faire? 11 n’y a de secours à attendre de personne;les médecins sont à cent lieues de là. On fait comme lessauvages ; on se résigne, on s’en remet à la nature, quifait grâce ou condamne.
Mais le planteur lutte avec énergie, avec persévérancecontre toutes ces difficultés, et le plus souvent il entriomphe. Les années se passent, ses fils ont grandi etl’aident dans ses travaux. Le défrichement avance, gagnedu terrain. La forêt recule devant les moissons dorées.Le froment a chassé les chênes. La cabane de bois estremplacée par une habitation confortable. A la pauvretésuccède l'aisance, parfois la richesse.