LES FORÊTS
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pattes en l’air, et demeure immobile; il est mort. Alorsle serpent rampe vers le cadavre, ouvre sa gueule déme-surément, saisit le crapaud par la tête et commence àl’avaler avec effort. Tandis qu’il s’absorbe et s’étouffedans cette laborieuse déglutition, soudain une cigognes’abat sur lui, et comme le reptile, quia la gueule pleineet le cou prodigieusement distendu, ne peut se défendre,elle trépigne sur lui, elle le perce de furieux coups debec et, malgré ses soubresauts, les enlacements de soncorps et ses coups de queue, elle finit par le tuer. Lors-qu’elle le voit inerte et flasque, la cigogne, qui ne peutemporter une proie aussi lourde au sommet d’un arbre,le traîne avec peine en voletant jusque dans l’anfractuo-sité d’un grand Cyprès, où elle le laisse tomber; puis,perchée sur un des piliers de la souche, elle commenceson repas, s’interrompant de temps en temps pour jeterdes regards soupçonneux autour d’elle. Ce drame, oùquatre morts se sont succédé en quelques minutes, onpeut affirmer qu'il se reproduit à tout moment sur tousles points de ces funèbres marais boisés.
A l’extrémité opposée de l’Amérique septentrionale,dans l'extrême ouest, sur les versants et dans les hautesvallées de la Sierra-Nevada, de tout autres scènes attendentl’observateur. Là se retrouvent, sur un sol fréquemmentarrosé par les pluies venant de l’Océan Pacifique, maisaccidenté et assaini par ses pentes, dans un air salubre,les belles forêts du nord, plus belles que dans le nord,composées de Chênes, d’Érables magnifiques et surtout deConifères incomparables. Parmi ces derniers figurent lescolosses du monde végétal, les célèbres Wellingtonias ( Sé-quoia gigantea), qui surpassent en hauteur non seulementtous les a utres végétaux, mais encore les plus grands monu-ments construits par les hommes, les plus élevées de noscathédrales et la plus haute des pyramides d’Égypte 1 .
1. Un seul arbre peut rivaliser pour la hauteur avec le Welling-