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LES FORÊTS
semble à la veille, et le lendemain n’en différera pas. Ladurée de la nuit est constamment égale à celle du jour ;les variations quotidiennes de l’atmosphère, si elles nese reproduisent pas absolument, se compensent à peuprès; le soleil n’est jamais oblique, et la températurejournalière, à deux ou trois degrés près, est toujours lamême. De là, dans la marche et dans l’aspect de la nature,une constante régularité, une éternelle uniformité, dontl’esprit mobile de l’homme, qui ne peut se passer decontrastes, est comme accablé.
Voici le tableau d’une de ces journées qui depuis dessiècles s’accumulent, et qui s’accumuleront pendant biendes siècles encore, sur les terres tropicales. Au point dujour, le ciel est le plus souvent sans nuages. Le thermo-mètre oscille entre 22 et 25 degrés centigrades, ce quiest une chaleur modérée. La rosée abondante ou la pluiede la nuit dernière se dissipe bien vite aux rayons ardentsd'un soleil qui se lève en plein orient et monte rapide-ment au zénith. La nature entière se réveille; de nou-velles feuilles, de nouvelles fleurs poussent à vue d’œil.Où l’on n’apercevait la veille qu’une masse confuse de ver-dure, on découvre avec étonnement le lendemain matin unarbre en fleur, une cime, un dôme paré de vives couleurs •on se demande s’il ne vient pas d’éclore sous la baguetted’une fée. Tous les oiseaux renaissentàlavie ; des cris aigus,des chants variés éclatent de toutes parts.... La chaleuraugmente rapidement jusque vers deux heures après midi,elle atteint alors 55 ou 34 degrés centigrades. Tous lesbruits, toutes les voix se taisent. Seule la cigale, cachéedans les arbres, fait entendre par intervalles son aigrefausset. Les feuilles, si humides et si fraîches à l’aube,deviennent flasques et pendantes; les fleurs perdent leurspétales. Si l’on est en juin ou en juillet, on peut s'attendreà une forte averse, à laquelle du reste toute la natureaspire. La brise de mer, qui s’était levée vers dix heureset qui tempérait l’ardeur du soleil, tombe et meurt. La