LES FORÊTS
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chaleur et la tension électrique de l’atmosphère devien-nent presque insupportables. Une langueur, qui dégénèreen un véritable malaise, accable tous les êtres vivants,jusqu’aux hôtes de la forêt où tout semble assoupi. Maisvoici que des nuages blancs apparaissent du côté de l'Orientet se rassemblent par masses dont le bord inférieur estune frange noire qui va toujours s’élargissant. Bientôtl’horizon entier se couvre de ténèbres qui montent et finis-sent par obscurcir le soleil. Un violent coup de ventébranle alors la forêt et courbe la cime des arbres ;puis vient un éclair éblouissant, un terrible coup de ton-nerre et une pluie diluvienne. Ces orages ne durent pas ;ils laissent dans le ciel, jusqu'à la nuit, des nuages immo-biles d’un bleu noir. La nature entière est rafraîchie,mais on voit sous les arbres des monceaux de pétales etde feuilles. Vers le soir la vie reprend ; les chants, les cris,mille bruits retentissent de nouveau dans les fourrés etsur les arbres. Le lendemain matin le soleil se lève dansun ciel sans nuages, et voilà le cycle complété : le prin-temps, l’été et l’automne se sont confondus dans une seulejournée tropicale. Ces journées se répètent, presquesemblables, du commencement à la fin de l'année. Il y asans doute une différence entre la saison sèche et la saisonhumide; mais cette différence est peu sensible, car lasaison sèche, qui dure de juillet en décembre, est arroséede fréquentes averses, et la saison humide, qui règne dejanvier en juin, s’éclaire de nombreux jours de soleil 1 .
Toujours de la chaleur, toujours de l’électricité, del’eau toujours, c’est de quoi favoriser merveilleusementle développement des formes végétales. Aussi les plantestropicales sont-elles remarquables tant par leur ampleurindividuelle que par la multitude des espèces, dont ungrand nombre restent encore cachées, inconnues et ano-
1. Walter Bâtes, Scènes de la nature sous Véquateur. (Revue Bri-tannique , décembre 1863),