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LES FORÊTS
nymes, dans leurs retraites inexplorées ou plutôt dans lafoule compacte et impénétrable qu’elles contribuent àformer. On dirait que le sol qui les porte se liquéfie, setransforme en torrents de sève pour gonfler leurs tissuset accroître démesurément leurs organes. Leurs feuilles,d’un vert éclatant, lustré, acquièrent des dimensionsinusitées ; certaines d’entre elles suffisent à couvrir unecabane ; d’autres forment un parasol à ombrager une fa-mille. Beaucoup de leurs fleurs sont ou prodigieusementnombreuses (une seule spathe d’une espèce de Palmier,ï'Alfonsia amygdalina, en contient plus de 200 000) ouénormes : l’une de ces dernières — celle d une Liane quicroît sur les rives de la Magdalena — a 4"pieds de cir-conférence; les enfants indiens s’en coiffent dans leursjeux.
Les Palmiers sont les représentants les plus carac-téristiques de cette flore. Leur tige, svelte, étonnam-ment élancée, s’élève quelquefois à 180 pieds de hau-teur, et là-haut, dans un ciel d’un bleu intense, secouronne d'un superbe panache vert. Un des plus beauxest le Miriti (Mauritia), avec ses fruits rouges pendanten grappes massives, et ses feuilles largement étaléesen éventail, si grandes qu’une seule fait la charge d’unhomme. Un autre, le Jupati ( Raphia t, s’épanouit en uneaigrette de feuilles semblables à des plumes, et qui me-surent parfois de 40 à 50 pieds. Un troisième, le Baccaba(Œnocarpus , Palmier à vin), laisse tomber ses fleurs encordelettes cramoisies, auxquelles sont attachées de dis-tance en distance des baies d’un vert clair : on dirait, ditAgassiz, de longues baguettes de corail, mouchetées devert, pendant du tronc sombre de l’arbre.
Plusieurs espèces arborescentes rivalisent de grandeuravec les Palmiers : le Mora excelsa, géant dont la tailleatteint 60 mètres et qui de loin ressemble à une collinede verdure; une Myrtacée ( Berthollesia exceha), dont lesfruits énormes tombent de cent pieds de haut avec le