LES FORÊTS
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les airs sa couronne de feuillage mêlée à celle du patientqu’il étouffe; ce dernier, chez qui le cours de la sèveest arrêté, languit peu à peu et meurt. On voit alors cetétrange spectacle de l'égoïste parasite qui serre encoredans ses bras le tronc inanimé et décomposé qu’il a sa-crifié à sa propre croissance. 11 en est venu à ses fins; ils’est couvert de fleurs et de fruits, il a reproduit et dis-séminé son espèce; il va mourir à son tour avec le troncpourri qu’il a tué, il va tomber avec le support qui sedérobe sous lui 1 . »
Le Cipo matador peut passer pour un emblème de lalutte acharnée qui se livre incessamment dans les mysté-rieuses profondeurs de la forêt vierge. Nulle part la con-currence vitale et ses tragiques effets ne se manifestentd’une manière plus frappante que parmi ces innom-brables populations végétales que produit sans mesureun sol trop fécond. Certains arbres n’ont pas moins d’ef-forts à faire pour loger leurs racines, forcées de surgirhors de terre et de devenir aériennes, comme nous l’avonsvu, que d'autres pour se frayer une voie vers l'air et lalumière afin de déployer leurs feuilles et de mûrir leursfruits. C’est de ce besoin de chercher leur vie, de semettre en quête de conditions favorables à leur prospé-rité que résulte, ainsi que le fait ingénieusement remar-quer M. Bâtes, la tendance de la plupart des végétauxdes forêts tropicales à modifier leur nature, à allongeret à assouplir leur taille, à contracter des allures et desattitudes spéciales, en un mot à devenir grimpants. Lesplantes grimpantes de ces pays ne constituent pas unefamille naturelle. La faculté qu’elles possèdent provientd’une habitude en quelque sorte adoptive ; c’est un ca-ractère acquis, provenant de la force des choses et de-venu commun à des espèces appartenant à une foule de
1. Walter Bâtes, Scènes de la nature sous l'équateur (Revue Rn-anniqucy décembre 1863).