LES FORÊTS
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aussi serré, aussi uni qu’une haie de jardin nouvelle-ment taillée; dans le bas de cette muraille de feuillage,on aperçoit de place en place des trouées sombres, devéritables portes, pratiquées sans doute par les animauxde la forêt; en effet on voit de temps en temps sortirpar ces ouvertures le Tapir et le Pécari, conduisant leurspetits à l’abreuvoir; quand ils se sont baignés, ils se re-tirent paisiblement en suivant le bord de l’eau, le longdu bois, et tout à coup disparaissent, quelques cen-taines de pas plus loin, par la première percée qu’ilsrencontrent. Assez souvent, si l’on remonte le courant,on croise une île flottante, lambeau détaché de quelquerivage, qui suit lentement le fil de l'eau ; c’est un amasde grands arbres, d’arbustes aux larges feuilles, in-clinés dans toutes les directions, liés les uns aux autrespar des réseaux de festons fleuris; on dirait une im-mense corbeille de verdure et de fleurs; de grands oi-seaux, des Hérons blancs, des Spatules, des Aigrettes,sont venus s’y poser; ils poussent des cris joyeux enbattant bruyamment des ailes, comme enchantés de leurvoyage. Quelles admirables scènes! Quels sites délicieux!Eût-on supposé qu’il existât sur la terre une contrée ca-pable d’offrir de pareils spectacles? Et les hommes sontassez insensés pour rester entassés dans les tristes villesde la vieille Europe, pour se contenter de ses cam-pagnes dénudées et monotones ! Ce paradis terrestre quel’on croyait perdu, n’est-il pas ici, et n’y retrouverait-onpas tous les vrais biens, l'indépendance, le plaisir desyeux, la paix de l’esprit, le bonheur?
Peu de voyageurs échappent à cet enthousiasme dupremier moment; aucun ne réussit à l’éprouver long-temps. L’admiration fait bientôt place au désenchan-tement. C’est que la forêt vierge paraît bien différenteselon qu’on la regarde du dehors, sur la lisière, ou qu’ony pénètre pour en visiter l'intérieur. Vous ne vous y êtespas plus tôt engagé, que vous vous trouvez enveloppé d'un