LES FORÊTS
inextricable fouillis de feuilles, f de branchages, quisemble se resserrer sur vous et vous empêche d’avancer.Vos mains s’embarrassent; vos pieds cherchent en vainun point d’appui; ils enfoncent dans une couche profonded'herbes et de mousses, ils s’empêtrent dans un invisiblelacis de plantes rampantes. Des épines acérées déchirentvos membres; des Lianes vous fouettent le visage; en uninstant vous vous voyez couvert de myriades d'œufs, dechenilles, d’insectes, de parasites qui cherchent à'tra-verser vos habits pour s’implanter dans votre chair etsucer votre sang 1 2 . Les belles profondeurs ombreuses quevous espériez, vous ne les trouvez pas; vous ne plongezpas vos yeux dans de longues perspectives composées deplans successifs; l’espace manque; il n’y a qu’un pre-mier plan, qui est sur vous, qui vous touche. Les Heursbrillantes que vous vous promettiez d’examiner, decueillir, ont disparu; elles sont enfouies, perdues dansla verdure, qu’aucune tache colorée n’égaye; vousn’apercevez que des masses vertes, variées seulement parla différence des tons et par celle des formes du feuil-lage 3 .
Vous respirez un air épais, concentré, chaud, humide,alourdi par toutes les exhalaisons d’un sol imbibé d’eauet par l’incessante transpiration de toutes ces populationsvégétales, saturé en outre d’une fade odeur de moisissuredans laquelle flottent des parfums violents. Il vous sembleque vous allez étouffer. Vous vous sentez envahi par unindéfinissable malaise, où l’anxiété se môle à l’accable-ment. La lumière du jour, tamisée à travers tant de
1. Adolphe d’Assier, le Brésil contemporain.
2. M. Wallace, qui a passé de nombreuses années dans l’Amérique
tropicale et dans les îles de l’archipel malais, affirme que les cou-leurs brillantes des fleurs jouent un rôle bien autrement importantdans les paysages de nos climals tempérés, que jamais sors les tro-piques il n'a rien vu de comparable à l’effet que produisent cheznous dans les bois, les genêts, les bruyères, les jacinthes sauvages,l’aubépine, les boutons d’or.