LES FORÊTS
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zone torride ne sont pas faites pour l'homme; elles nel’admettent pas; elles le repoussent. Il va les visiter,poussé par son insatiable désir de voir et de savoir ; il lescontemple, il les étudie, mais il ne peut pas les aimer.Il y a incompatibilité entre elles et lui. Les barrièresqu’elles lui opposent, le découragent; l’air impur, leschaudes vapeurs qu’il y respire, consument et gâtent sonsang; ses nerfs s’y détendent; ses facultés intellectuelleset morales s’y dépriment, s’v dégradent. Il faut laisserces forêts à elles-mêmes, aux forces organiques qui s’ydéploient avec une fougue effrénée; il faut les laisseraux Crocodiles et aux lîoas qui s’y plaisent, aux Singesqui les parcourent en se jouant de cime en cime : c’estleur domaine, leur patrimoine. Nous ne pouvons lesvoir sans nous reporter par la pensée à ces époquesreculées où des plantes gigantesques couvraient la terre« encore molle des déluges », où les représentants lesplus élevés du règne animal étaient d’informes reptilesvautrés dans la fange, où une atmosphère épaisse,chargée d’acide carbonique, pesait sur le sol, où leglobe n’était pas encore prêt à recevoir l’homme.
Il y a des hommes, pourtant, dans ces forêts équato-riales; des peuplades d’indiens y vivent. Mais ils y viventen sauvages, sans industrie, sans travail. Pourquoi tra-vailleraient-ils? S'ils perçaient un chemin dans l’épais-seur du fourré, le chemin se refermerait bientôt de lui-même. S’ils défrichaient un coin de bois pour y semerdes graines utiles, ces graines se développeraient vitedans une terre si féconde, mais plus vite encore croî-traient une multitude de plantes sauvages, qui lesétoufferaient. Ils se contentent donc de demander auxarbres leurs fruits, leur suc, leurs racines, à la forêt dugibier, aux plages des œufs de Tortue, à la rivière voi-sine du poisson. Quand cette rivière, grossie par lafonte des neiges lointaines et par des pluies torrentielles,inonde la rive boisée sur laquelle est bâtie leur cabane,