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LES FORÊTS
dissement d’une barre de fer sur le trône d’un arbrecreux; à présent on dirait le tintement argentin d’uneclochette, suivi, quelques minutes après, d’un éclatbrusque, vibrant, pareil à celui d’une corde de violonqui se brise. On prête l’oreille en retenant sa respira-tion; on regarde de tous côtés; on se demande vaine-ment à quels êtres ou à quels phénomènes on doit attri-buer ces sons extraordinaires. Il est difficile de ne paséprouver une vague terreur.
Le soleil disparaît, la nuit tombe tout d’un coup, etc’est alors que la forêt devient vraiment effrayante. Levoyageur qui s’est abrité sous sa tente après avoir alluméauprès de son campement un feu de bois sec pouréloigner les bêtes fauves, et qui comptait sur quelquesheures de repos, ne peut fermer l’œil un moment. Unhorrible concert de cris de fureur ou de détresse, rugis-sements et grognements de bêtes fauves, piaulementsdéchirants, gémissements lamentables de Singes, croas-sements rauques ou aigus de Perroquets de toute taille,retentit de tous côtés, ne s’arrête un instant que pourrecommencer avec plus de violence. Que se passe-t-il?On le devine. Les Jaguars poursuivent les Pécaris et lesTapirs, qui, dans leur fuite, renversent les arbustes,brisent les buissons du fourré; dans le haut des arbres,les Alouattes ou Singes hurleurs, les petits Sapajous, lesSinges nocturnes rayés prennent l’alarme et, par leurscris perçants, la communiquent aux troupes de Perro-quets, de Perruches et d’oiseaux de toute sorte perchésdans les environs. On ne peut se faire une idée d’unpareil vacarme; il est plus violent encore pendant lesfortes averses, ou quand les éclairs, au milieu des déto-nations de la foudre, illuminent tout l’intérieur de laforêt 1 .
Il est incontestable que ces magnifiques forêts de x la
1. A. de Ilumboldt, Tableaux de lajiature.