LES FOUETS
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ternent : lu nature fut comme frappée de mutisme. Quelquesinstants après, un second soupir, semblable au premieret venu du même endroit, se fit entendre; il fut immé-diatement suivi d’un épouvantable rugissement, qui serépéta plusieurs fois. Aucun doute n’était possible, c’étaitle lion ; il se trouvait précisément sur le chemin quedevait suivre le voyageur. Celui-ci s’arrêta et demeuracloué sur place. « Jamais, dit M. Trémeaux, la voix dulion ne m’avait semblé si terrible. Sans qu’elle parût coû-ter le moindre effort de poumons, cette voix remplissaitl’espace de sons caverneux; elle communiquait une sortede commotion à tous les objets environnants 1 . »
Au bout de quelque temps, comme les rugissementsne s’étaient pas reproduits, l’explorateur, espérant que lelion ou les lions, car ils pouvaient être plusieurs, s'étaientéloignés et avaient laissé le. passage libre, se remit enroute avec précaution ; il ôta même ses chaussures pourmarcher plus silencieusement. 11 réussit à atteindre lalisière du bois; il en sortait et n’avait pas fait plus dequatre ou cinq pas sur le sol sablonneux qui aboutissaità la rive, quand un animal, qu'il ne put qu'entrevoir, seleva devant lui et rentra précipitamment, un peu plusloin, sous le couvert de la forêt : aussitôt deux épou-vantables rugissements, suivis de grognements et de sou-pirs affreux, retentirent à cet endroit même. M. Trémeauxdemeura immobile, comme pétrifié par l’émotion. Ses yeuxscrutaient en vain l’obscurité, il ne voyait rien, mais descraquements de branches, le feuillage secoué, froissé sousl’impulsion de mouvements violents et désordonnés, etune sorte de râle étouffé, d’horribles bruits rauques quis’y mêlaient, révélaient assez clairement ce qui se pas-sait à quelques pas de là. Évidemment l’animal inconnuqui venait de s’enfuir dans le bois' était tombé sous les
1. il. Trémeaux, Voyage au Soudan oriental. (Tour du Monde.1806, ï’ semestre.)