LES FORÊTS
293
de ressusciter, l’empêchèrent de voir les arbres tels qu’ilssont, lui en masquèrent la vraie beauté.
Les poètes du dix-septième siècle, tout occupés del'homme, de ses passions ou de ses travers, n’attendantle succès de leurs vers, la gloire de leur nom, que du suf-frage d’une ville ou plutôt d’une cour, ne se tournèrent pasdu côté de la nature. Ils ne virent et n’admirèrent jamaisque des jardins, ceux de Versailles et de Marlv, sorted’architecture végétale avec des salons, des cabinets, desportiques, des murailles de verdure, meublés de statueset de vases de marbre et de bronze, presque aussi nom-breux que les arbres. S’il y a des forêts, des vallons, deseaux vives, des rochers, c’est par Homère et par Virgilequ’ils l’apprirent et, quand ils voulurent en parler, ilstraduisirent, non pas la nature, qu’ils ne connaissaientpas, mais Virgile et Homère. La Fontaine lui-même fait àpeine exception. Comme sa « comédie à cent actes di-vers » a pour personnages des animaux, il a duplacer la scène au milieu des champs, des prés, au borddune rivière, parmi les roseaux d’un marais, et il adessiné ce décor d’un trait bref, juste et charmant; maisle principal intérêt du spectacle réside dans le dramemême, dans les sentiments et dans le langage des acteurssous le déguisement desquels nous prenons plaisir ànous reconnaître.
Si nous trouvons quelque part l’expression franche etvive du sentiment de la nature, c’est chez une femme,chez une dame du grand monde, une « précieuse » ; c’estchez Mme de Sévigné. Passant souvent de longs mois, mêmeen hiver, dans sa terre des Rochers, elle était éprise deson parc, planté de vieux arbres et coupé de nombreusesallées. Elle ne trouvait rien de si beau que ces allées;elle leur avait donné des noms : c’étaient la Solitaire,
« si belle et si bien plantée » ; l’infinie, « allée courbedont on ne voit pas l’extrémité » ; la Sainte-Horreur« toute sombre » ; le Mail, « où règne un silence, une