LES FORÊTS
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pas, je ne raisonnais pas, je ne philosophais pas; je mesentais, avec une sorte de volupté, accablé du poids decet univers; je me livrais avec ravissement à la confusionde ces grandes idées, j’aimais à me perdre en ima-gination dans l’espace, mon cœur resserré dans les bor-nes des êtres s’y trouvait trop à l’étroit, j'étouffaisdans l’univers, j’aurais voulu m’élancer dans l’infini. Jecrois que si j’eusse dévoilé tous les mystères de la na-ture, je me serais senti dans une situation moins déli-cieuse que cette étourdissante extase à laquelle monesprit se livrait sans retenue et qui, dans l’agitationde mes transports, me faisait m’écrier quelquefois :« 0 grand Être ! ô grand Être ! » sans pouvoir dire nipenser rien de plus.
« Ainsi s’écoulaient dans un délire continuel les jour-nées les plus charmantes que jamais créature humaineait passées; et quand le coucher du soleil me faisaitsonger à la retraite, étonné de la rapidité du temps, jecroyais n’avoir pas assez mis à profit ma journée, et jepensais en pouvoir jouir davantage encore et, pour ré-parer le temps perdu, je me disais : Je reviendrai de-main. »
Depuis Rousseau, le sentiment de la nature ne s’est paséteint parmi nous. Chateaubriand lui doit la meilleurepartie de son inspiration, la plus durable, la seule du-rable peut-être, de sa gloire. Lamartine lui est redevablede presque tout son génie. On a dit que tous deux re-levaient de Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre; c’est àtort, ils ne relèvent que d’eux-mêmes. Nul n’a besoind’un maître pour apprendre à aimer la nature. Que lecœur de l’homme se trouve directement en contact avecelle, et il s'émeut spontanément. De plus en plus nousrecherchons ce contact bienfaisant. Nos villes sortent deleur enceinte, vont s’éparpillant dans les campagnes en-vironnantes, et c’est surtout du côté des bois que noscottages se portent ; ils y entrent, s’ils peuvent. Chacun