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LES FORÊTS
voudrait avoir un coin de forêt, ne serait-ce qu’un arbreforestier, dans son jardin, d’où l’imitation, en miniatures’il le faut, du paysage naturel a chassé les marbres etles bronzes d’autrefois. Le printemps est encore à venir,et c’est déjà un continuel pèlerinage vers nos vieillesgloires forestières, Fontainebleau, Compiègne, où les pa-triarches des futaies ont chacun leur illustration per-sonnelle.
La forêt mérite qu’on la recherche, qu’on veuille vivreauprès d’elle. Les deux autres grands aspects de lanature, plus frappants au premier abord, la mer et lamontagne, ne sauraient lui être préférés. Nous allons lesvisiter, les admirer, mais nous ne nous sentons pasgagnés par un charme croissant qui ne nous laisse pl uspartir. La mer, dont l’infini n’a pour limites qu’un autreinfini, celui du ciel, après nous avoir émerveillés, nousdomine, nous surmonte; elle nous absorbe dans son im-mensité; son mouvement et son bruit perpétuels étour-dissent nos sens, assoupissent en nous la pensée; elle nepermet pas à des êtres aussi chétifs de subsister à côtéd’elle; d’ailleurs, capricieuse et violente, à tout momentelle nous chasse par ses tempêtes, par ses vents dé-chaînés. La montagne, tout d’abord, nous frappe d'éton-nement, nous exalte; mais bientôt elle nous oppressepar sa masse et nous attriste; quoique immobile, elle re-présente à nos yeux une convulsion de la nature et noustrouble comme une menace; si nous demeurons à sabase, elle nous cache le ciel, elle nous retranche l’es-pace, l’air, la lumière du jour; si nous montons au som-met, elle nous détache absolument de la terre, elle noussuspend et nous perd dans le vide.
La forêt se proportionne bien mieux à l’homme. Ellerépond à tous nos désirs; elle remplit toute notre at-tente, et elle la dépasse. Ses arbres dominent d’assez hautnotre taille pour nous donner le saisissant spectacle dela grandeur et de la majesté. Elle ne nous refuse pas non